Un match de Ligue des champions, ça se joue sur des riens, répètent à l'envi tous les techniciens du continent; la défaite du FC Bâle (2-0), hier soir devant le Sporting du Portugal, n'a en effet pas tenu à grand-chose. Une maladresse et la sanction tombe, sèche et glaciale: avec zéro point dans leur escarcelle au bout de deux rondes et la perspective de devoir se frotter à deux reprises au FC Barcelone - le 22 octobre au Parc Saint-Jacques, puis en Catalogne deux semaines plus tard -, les Rhénans ont pratiquement abandonné tout espoir de se qualifier pour les huitièmes de finale.

Il y avait pourtant de quoi agripper au moins un point devant un adversaire encore secoué par sa récente défaite en championnat face au rival honni, Benfica. En première mi-temps, on ne décèle d'ailleurs pas la moindre trace du jeu vif et dentelé qui fait la réputation du Sporting. Ouvertures directes en touche, contrôles ratés, semelles de plomb et, surtout, aucune espèce d'inspiration pour rehausser les débats: peu habitué à ce qu'on lui serve une telle soupe, le public clairsemé du stade José-Alvalade fait la grimace. Et gronde carrément à la pause, dans la foulée de la seule véritable occasion à mettre au crédit de ses favoris - le gardien Franco Costanzo s'interpose sur une frappe à bout portant de l'attaquant brésilien Derlei.

Pendant que les Portugais déjouent, les Bâlois accomplissent leur travail. «La clé du match, ce sera notre capacité à les bloquer au milieu, à ne pas les laisser développer leur jeu», avait prévenu Christian Gross. Les ouailles ont entendu le patron: concentration maximale, quadrillage intelligent du terrain, efficacité dans les duels aériens et souvent une longueur d'avance lorsque la balle est à terre. Nul génie à l'horizon, mais du boulot sérieux.

Suffisant, en tout cas, afin de tenir le 0-0; mais de là à créer l'exploit... «Il ne faudra surtout pas se contenter de défendre», avait aussi dit l'entraîneur rhénan, un sourire en coin. «Nous n'aurons pas dix occasions de marquer. Mais nous en aurons quatre ou cinq et sur le nombre, il faudra en convertir deux.» Partant du principe que le tir (23e) puis la tête (46e) du défenseur central David Abraham, non cadrés, ne peuvent émarger à la catégorie des fulgurances offensives, on attend toujours... Ni Carlitos, feu follet né à Lisbonne et qui a disputé onze matches sous le maillot de Benfica entre 2004 et 2007, ni Marco Streller, qui chasse les courants d'air pour son retour au jeu, ne parviennent à créer le danger. 0-0, quoi.

Retour des vestiaires. Le speaker du stade s'égosille afin de susciter l'étincelle, de raviver la flamme lisboète. Incroyable: ça marche! Sans doute secoués par leur coach Paulo Bento, les Lions montrent enfin les dents. D'un retourné acrobatique, le capitaine João Moutinho dépose le ballon sur la tête de Derlei dont la tête s'écrase sur le poteau (48e); on se rapproche. Six minutes plus tard, la défense rhénane, un tantinet sous pression, se charge de débloquer la soirée. L'Argentin David Abraham dégage un ballon sur le binôme Reto Zanni/Leandro Romagnoli et le ballon termine sa trajectoire en cloche dans les filets de Costanzo.

Tout devient dès lors très compliqué pour le FCB. En regain de confiance, les Lusitaniens se livrent alors à un monologue davantage conforme à leurs qualités, seulement interrompu par un déboulé infructueux de Benjamin Huggel, bien lancé par Streller (63e). Et puis c'est tout. Le score en reste là, notamment grâce au poteau de Costanzo, jusqu'à ce que Derlei ne scelle le score à la 86e minute. Pour parfaire la soirée, le public «vert et blanc» aura encore l'occasion de saluer, via le tableau d'affichage, la victoire de Barcelone à Donetsk (1-2). Un résultat a priori arrangeant, mais pas pour le FC Bâle.