Nick Faldo tourne en ce moment un spot publicitaire à Puerto Rico. C'est précisément aujourd'hui que doit être annoncé le nom du capitaine européen pour la prochaine Ryder Cup, agendée en septembre 2006 au K Club, près de Dublin. A priori, ces deux faits n'ont rien en commun. C'est précisément pourquoi il faut les rapprocher. Nick Faldo, le meilleur golfeur européen de l'histoire, était donné favori pour succéder à Bernhard Langer. L'Allemand a mené l'Europe, l'automne dernier à Detroit, vers une victoire historique contre les Etats-Unis (18,5 – 9,5) dans cette compétition qui oppose les deux continents tous les deux ans depuis 1927. Tout indique que ce poste va échapper à Faldo.

Nick Faldo s'est étonné de ne pas avoir été entendu par le comité qui a la charge de choisir le capitaine européen. «C'est assez fou qu'ils ne m'aient jamais appelé pour que je leur explique mes plans», s'est-il cabré la semaine dernière. Le ton, un brin exaspéré, montre que l'Anglais a compris qu'il a encore une fois perdu. Pressenti en 2002 déjà pour le poste finalement offert à Langer, il a apparemment choisi de bouder au soleil des Caraïbes.

Selon toute vraisemblance, c'est le nom de Ian Woosnam qui devrait sortir du chapeau aujourd'hui. Les marques de soutien au Gallois minuscule (165 cm) se sont multipliées ces derniers jours. Son élection serait une surprise. Elle couronnerait une stratégie plus prudente que celle de Faldo qui, à 47 ans, revendique cette place comme l'ultime trophée d'une carrière triomphale. Woosnam, lui, a compté sur ses amis pour promouvoir sa candidature. Et le Gallois, bon buveur et bon camarade, en compte beaucoup.

Mark James, capitaine d'une Europe perdante en 1999, lançait dimanche: «Je crois que nous avons besoin d'une personne plus émotive pour communiquer avec nos supporters à la maison. Quelqu'un avec une approche plus clinique, plus détachée, sera plus adapté aux conditions rencontrées aux Etats-Unis. Je pense que cela décrit bien la personnalité des deux candidats.» Woosnam pour 2006, Faldo pour 2008? Sam Torrance, quatre fois vainqueur de la Ryder Cup, dont une fois en 2002 comme capitaine, n'est pas contre. «Il n'y a que deux vrais critères pour obtenir ce job, a-t-il dit dans Scotland on Sunday. Le premier est d'être en activité au moment de la candidature. Le second est de jouir du respect des autres golfeurs, ce qui semble être le cas des trois gars en lice (ndlr: il fait allusion à José-Maria Olazabal, mais l'Espagnol a dit lui-même ne pas être candidat). Ils l'ont obtenu de différente manière; en gagnant des tournois majeurs ou en ayant une personnalité qui amène les gens à jouer au-delà de leur valeur lorsque la pression est grande.»

La critique à Faldo est subtile. L'Anglais qui vit aux Etats-Unis a la réputation d'être un garçon qui n'a compté que sur lui-même pour devenir le meilleur golfeur de sa génération. Six Majeurs et un record de points marqués dans la Ryder Cup plus tard, personne n'ose contester ses résultats sportifs. Cette magie agit encore sur la jeune génération, dont plusieurs représentants (Luke Donald, Lee Westwood, Darren Clarke) ont apporté leur soutien à l'Anglais face à Woosnam. Mais elle a créé des jalousies que l'orgueilleux n'a rien fait pour éteindre. La détestation que se portent Nick Faldo et Mark James est de notoriété publique.

Vice-capitaine de l'équipe victorieuse en 2002, Ian Woosnam a remporté 28 tournois dans sa carrière, dont le Masters en 1991. Sa première victoire (1982) a eu lieu en Suisse. Son swing musculeux s'est construit dans la ferme de ses parents en soulevant des meules de foin, puis sur le golf de Llanmynech, construit sur une frontière: quinze trous en pays de Galles et trois en Angleterre. S'il est confirmé aujourd'hui, son capitanat promet d'être animé. Récemment enfermé quelques heures dans une cellule de Jersey pour lui permettre de dégriser, le Gallois a prévenu Scotland on Sunday: «Cela n'a rien à voir avec mon comportement sur un golf. Si vous écrivez là-dessus, je vais me fâcher très fort.»

Dans deux ans, l'influence de Woosnam et de ses amis aura diminué. L'aura de Faldo, elle, sera inchangée. L'Anglais n'a rien contre la solution qui le ferait diriger l'équipe européenne qui affrontera les Américains dans le Kentucky, en 2008: «Si c'est ce qu'ils veulent, alors d'accord. Mais je veux que cela soit communiqué et que tout soit réglé avec le comité.»

Sur ce point, Nick Faldo se fait des illusions. Le comité, au cœur du processus de sélection, est particulièrement boiteux. Son dysfonctionnement explique que des anciens comme Torrance ou James, qui n'en font pas partie, puissent influencer ses décisions. De ses quatorze membres, quatre sont absents de Dubaï, où ont lieu les délibérations qui mèneront à la nomination d'aujourd'hui. Son président, Jamie Spence, a dû quitter l'élite du golf européen pour manque de résultats. Idem pour Roger Chapman, l'un des membres. Robert Lee, lui, n'est plus golfeur: il commente les tournois à la télévision. Colin Montgomery, autre ténor du comité, se réserve le poste de capitaine pour plus tard. Il ne sait pas exactement quand. Les obstacles restent donc nombreux pour que l'un des meilleurs golfeurs de l'histoire dirige un jour l'équipe européenne en Ryder Cup.