Privés d'un «départ arrêté» classique, les milliers de spectateurs venus assister au Grand Prix de Belgique avaient une bonne raison d'être déçus. A une époque où les dépassements se font de plus en plus rares en F1, et que les ravitaillements en carburant et pneus entretiennent un faux suspense, le départ est un moment d'une rare intensité qui vaut souvent, à lui tout seul, le déplacement.

Mais hier, Charlie Whiting, le directeur de course des Grand Prix, n'a pas voulu prendre le moindre risque, surtout avec l'épingle de la Source – une souricière plutôt – située quelque centaines de mètres après le départ et alors que les averses matinales avaient détrempé le circuit, imposant à l'ensemble des pilotes du peloton de partir en pneus pluie. Aucun d'entre eux ne s'en est plaint.

Pas même le public. Car moins de deux heures plus tard, sa frustration initiale est oubliée après une course somptueuse et riche en rebondissements. Le plus spectaculaire s'est produit cinq tours avant le drapeau à damiers lorsque Mika Hakkinen est parvenu à prendre l'avantage sur Michael Schumacher, au prix d'une manœuvre d'anthologie qui restera comme l'un des moments forts de la saison. Et peut-être décisif aussi. Car une vingtaine de kilomètres plus tard, le Finlandais était récompensé de son banco par la victoire, la quatrième cette année.

Il pouvait s'en réjouir à voix haute. «J'ai adoré ce moment (le dépassement), ce n'est sans doute pas le cas pour Michael. Je suis surtout heureux de repartir avec dix points, d'autant que j'ai bien failli abandonner lorsque la voiture m'a échappé sur une bordure. Je me considère comme chanceux d'avoir pu continuer après mon tête-à-queue. La pluie avait rendu les bordures très glissantes. Je n'ai rien senti venir, la voiture est partie de l'arrière, j'ai essayé de contrôler puis je me suis retrouvé dans le bon sens. Le moteur tournait toujours et je suis reparti. Après cet épisode, je n'ai pas cessé de chasser pour revenir sur Michael qui m'avait subtilisé la première place au moment de mon tête-à-queue. En fin de course, j'étais un peu nerveux à l'idée de devoir le dépasser.»

Et le Finlandais avait raison de se préparer à un combat âpre. «La voiture de Michael me paraît plus large que celle des autres pilotes. C'était un dépassement peu commun. J'ai profité d'une meilleure motricité puis d'une plus grande vitesse de pointe. Mais surtout, lors de la deuxième tentative, la présence d'un retardataire (Zonta) m'a aidé. J'ai plongé à droite, et j'ai réussi.»

C'est que depuis quelques tours, la monoplace du champion du monde semblait irrésistible, ce que confirmait Hakkinen. «Les mécaniciens ont eu le temps d'ajuster quelques réglages lors de mon deuxième ravitaillement, et la voiture s'est améliorée au fil des tours.»

Hakkinen vainqueur devant Schumacher, c'est un résultat logique. Sans la pluie, l'Allemand n'aurait d'ailleurs pas été un prétendant à la victoire. Il a toute de même eu l'occasion de démontrer son immense talent au volant d'une monoplace qui n'est plus en mesure de rivaliser avec les McLaren-Mercedes. «Encore une fois Hakkinen était tout simplement le plus rapide aujourd'hui. Et les améliorations que nous avons apportées à ma voiture entre les essais et la course n'ont pas été suffisantes.» Ce qui ne l'empêchait pas d'apparaître en deuxième position dès le quatrième tour, malgré le handicap de s'être élancé de la deuxième ligne «virtuelle». Il a ainsi profité de l'erreur de jeunesse de Jenson Button, 20 ans, qualifié troisième et plutôt impatient en début de course, qui s'attaquait avec un peu trop d'enthousiasme à Jarno Trulli, lui aussi éblouissant aux essais. Alors que les deux jeunes hommes s'emmêlaient les roues, Michael Schumacher contournait l'obstacle pour plonger dans le sillage de la McLaren d'Hakkinen. Si la Jordan Mugen-Honda de Trulli en restait là, la Williams-BMW de Button, un peu chiffonnée, poursuivait son chemin vers la cinquième place à l'arrivée. C'est finalement l'autre Williams, celle de Ralf Schumacher, qui récolte les honneurs de la troisième place. Un coin de podium qui était promis au débutant anglais.

Quant à Jean Alesi, il n'est plus à une déception près. Après avoir figuré dans le peloton de tête une bonne partie de la course, le Français a encore été trahi par la mécanique de sa Prost-Peugeot à douze tours de l'arrivée. Comme son ami Michael Schumacher, il compte beaucoup sur le prochain rendez-vous, à Monza devant les tifosi, pour oublier ses déboires.