Football

Un Diable rouge chez les Corbeaux

L’international belge Anthony Vanden Borre (29 ans) a signé début mars au Tout Puissant Mazembe, en République démocratique du Congo. Mais le premier transfert d’un joueur majeur dans le sens Europe-Afrique reste un phénomène isolé. Et un cas très particulier

Il est presque impossible de recenser le nombre de footballeurs africains évoluant en Europe. Dans une newsletter publiée en décembre 2016, le centre international d’étude du sport de Neuchâtel (CIES) comptabilisait 118 Nigérians, 88 Ghanéens, 71 Sénégalais, 65 Ivoiriens, 53 Camerounais, pour ne prendre que les cinq principales ligues européennes et les cinq plus gros pays «exportateurs».

Mais dans l’autre sens, combien de joueurs européens évoluent-ils en Afrique? A haut niveau, il n’y en a qu’un seul, depuis le 2 mars: Anthony Vanden Borre, transféré au Tout Puissant Mazembe, le meilleur club de la République démocratique du Congo (RDC). Formé à Anderlecht, passé par la Fiorentina, le Genoa, Portsmouth, ce défenseur latéral est une vedette en Belgique depuis ses seize ans, âge auquel il débuta en équipe nationale. Plus précoce qu’Enzo Scifo ou Eden Hazard, seul Paul Van Himst est arrivé plus jeune chez les Diables rouges. Cela vous situe le bonhomme. «Il était au niveau d’un Vincent Kompany et, à son meilleur, dans le top 10 mondial à son poste», assure David Steegen, media manager d’Anderlecht.

«Un accueil de rockstar»

La suite fut moins glorieuse mais Vanden Borre était encore champion de Belgique en 2014 avec Anderlecht et du voyage à la Coupe du monde au Brésil. Libéré de ses derniers dix-huit mois de contrat par Anderlecht après un prêt raté de six mois à Montpellier, c’est sans indemnité de transfert qu’il s’est engagé pour le TP Mazembe. A son arrivée à l’aéroport de Lubumbashi, les supporters des «Corbeaux» l’ont fêté comme le messie. «Son transfert a fait beaucoup parler en RDC. Il a eu droit à un vrai accueil de rock star», souligne Mansour Loum, journaliste et présentateur sur Stad’Afric, la première chaîne sportive africaine.

Le soufflé est rapidement retombé. Quelques jours plus tard, le TP Mazembe s’est fait éliminer en seizième de finale de la Ligue des Champions africaine. Une contre-performance qui a eu raison de l’entraîneur français Thierry Froger mais pas de l’enthousiasme d’Anthony Vanden Borre. «Je suis le premier Européen à m’engager dans un club congolais. Je sais que pour beaucoup de personnes, c’est bizarre, mais pour moi, ça ne l’est pas», affirme le Belge qui, il est vrai, ne débarque pas totalement en terre inconnue. Il est né à Likasi, dans le Haut-Katanga, et y a vécu jusqu’à l’âge de six ans. Il parle le lingala. Au dos de son maillot noir et blanc, surmontant le numéro 68, il portera le nom congolais de sa mère, Malela.

Cinq fois vainqueur de la Ligue des Champions, le TP Mazembe est l’une des références du football de clubs africain. Il est surtout connu en Europe pour s’être hissé en 2010 en finale de la Coupe du monde des clubs (défaite 3-0 face à l’Inter Milan). Il est la propriété de Moise Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga, et son outil de propagande. Principal opposant du président Joseph Kabila, candidat déclaré à la présidence, il gère son club depuis Bruxelles, où il vit en exil depuis mars 2016.

Un club moins puissant

Son éloignement se ressent sur la bonne marche du club et Mazembe n’est plus aussi tout puissant qu’il y a quelques années. Le budget du club a été réduit de douze à huit millions d’euros et le plus gros salaire ne dépasse pas 15 000 francs par mois. Il conserve néanmoins des standards dignes du football professionnel européens.

Cette semaine, les Corbeaux ont migré vers la Zambie, pour un stage de pré-saison avant le début des play-off le 2 avril. Sur internet, le site officiel du club, régulièrement mis à jour, renseigne sur le voyage «tout confort» des joueurs «à bord de leur grand bus Pullman». «C’est une machine bien huilée, résume Mansour Loum. Le club a un centre d’entraînement neuf, paye en dollars, offre des salaires un peu en dessous des meilleurs clubs tunisiens mais déjà comparables à ceux d’un club de Ligue 2. Mais pour moi, ce transfert reste un cas isolé.» A Anderlecht, on fait également comprendre que, dans cet étonnant choix de carrière, «la santé mentale du joueur a prévalu sur sa carrière sportive».

Le transfert d’Anthony Vanden Borre au TP Mazembe est incontestablement le premier mouvement d’un joueur majeur dans le sens Europe-Afrique. Mais il ne peut pas s’expliquer par des raisons sportives. Sera-ce un jour le cas? C’est sans doute encore un peu tôt, surtout dans un marché aussi concurrentiel que le business du foot. A moins que Vanden Borre ne devienne à Lubumbashi le joueur qu’il aurait pu être.


Quand Rivaldo signait en Angola

Al-Ahly, Tonnerre de Youndé, Etoile du Sahel, Kaiser Chiefs, JS Kabylie, Raja Casablanca. Les archives des grands clubs d’Afrique n’ont trace d’aucun grand joueur européen. Les recrues étrangères viennent d’autres pays africains, souvent limitrophes. Cas particulier, l’année 2012 a vu trois transferts étonnants défrayer la chronique. Le plus spectaculaire fut celui du Brésilien Rivaldo, Ballon d'or 2000, qui signa à 40 ans pour le club angolais de Kabuscorp. Une pige d’une seule saison dans la ligue Girabola, le temps d’inscrire tout de même 11 buts en 21 matchs.

La même année, l’ancien international portugais Luis Boa Morte avait signé pour 18 mois avec les Orlando Pirates, en Afrique du Sud. L’ancien espoir d’Arsenal, 35 ans à l’époque, ne joua que trois matchs avant de quitter Johannesburg. Là-bas aussi, il avait déçu.

Jean-David Beauguel, lui, n’avait que 20 ans en 2012. Formé à Toulouse, ce jeune attaquant français tenta de lancer sa carrière à l’Espérance Sportive Tunis. «C’était l’un des meilleurs clubs africains, non loin de Marseille. Mais je suis arrivé juste après la révolution», expliqua-t-il à So Foot. Il ne joua jamais en match officiel et cassa son contrat au bout de six mois avant de percer au Dukla Prague. (L. Fe.)

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