Ahmad Ahmad sera bientôt fixé. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) examine ce mardi le recours déposé par le président sortant de la Confédération africaine de football (CAF) contre sa suspension pour cinq ans de toute activité liée au football. L’instance basée à Lausanne a promis un verdict rapide et pour cause: le temps presse. Le Malgache de 61 ans entend être blanchi à temps pour se présenter à sa propre succession, le 12 mars à Rabat (Maroc).

Reconnu coupable par la FIFA de plusieurs infractions à son code d’éthique, dont des soupçons de corruption, Ahmad Ahmad a constaté à ses dépens que les alliances ne sont pas éternelles. En 2017, le soutien de Gianni Infantino lui avait permis de créer la surprise et de renverser Issa Hayatou, qui dirigeait la CAF depuis près de trente ans. Quatre ans plus tard, l’homme du renouveau appartient au passé mais l’Afrique est toujours, pour le patron du football mondial, un enjeu d’avenir.

Lire aussi: Issa Hayatou est tombé, le foot africain a un nouveau président

Depuis son élection en remplacement de Sepp Blatter en 2016, l’Italo-Suisse a multiplié par cinq les fonds attribués aux fédérations nationales du continent pour les porter à un total de 300 millions de francs par an. Il a fait ouvrir des bureaux régionaux dans plusieurs métropoles (Dakar, Johannesburg, Brazzaville, Kigali). L’organisation en 2026 d’une Coupe du monde à 48 équipes (au lieu de 32) devrait bénéficier à l’Afrique, qui passerait de cinq à neuf places. Le mois dernier, Gianni Infantino s’est livré à une «tournée africaine» dans plusieurs pays, entre rencontres de hauts responsables politiques et inaugurations d’infrastructures.

Destin scellé

D’un côté, il a le désir de voir son sport se développer partout dans le monde (et le football africain est celui qui en a le plus besoin). De l’autre, il a compris – comme son prédécesseur – l’importance de l’Afrique dans son propre destin. La CAF regroupe 54 fédérations nationales, une de moins que l’UEFA et plus que chacune des quatre autres confédérations de la FIFA. En 2023, Gianni Infantino briguera un troisième mandat à la tête de l’instance et ces 54 voix, sur 211 au total, pèseront lourd. Cela explique son intérêt pour les affaires africaines.

Dès l’annonce de la suspension d’Ahmad Ahmad, en novembre dernier, quatre personnalités ont fait acte de candidature à la présidence de l’organisation. Il y a deux présidents de fédérations nationales, Ahmed Yahya (Mauritanie) et Augustin Senghor (Sénégal); un ancien président de fédération nationale, Jacques Anouma (Côte d’Ivoire); et enfin le président du puissant club sud-africain Mamelodi Sundowns, Patrice Motsepe. C’est ce dernier qui aurait été choisi comme «champion» par la FIFA.

L’Agence France-Presse (AFP) a révélé qu’une réunion discrète avait été organisée entre les quatre prétendants ce week-end à Rabat, à l’initiative des fédérations marocaine et égyptienne de football, et en présence de deux membres du cercle rapproché de Gianni Infantino, afin de sceller le destin de l’élection. L’idée: proposer aux trois autres candidats de se ranger derrière Patrice Motsepe en échange de postes à responsabilités dans le futur organigramme de la CAF.

A qui la loyauté?

Selon les sources de l’AFP, tout ce petit monde doit se retrouver le week-end prochain à Nouakchott (Mauritanie) lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations des moins de 20 ans pour finaliser le «pacte de Rabat». Ahmed Yahya et Augustin Senghor, appelés à devenir premier et deuxième vice-présidents de l’instance, seraient convaincus. Promis à un rôle de conseiller, Jacques Anouma n’aurait lui pas renoncé à sa candidature, selon les indiscrétions de son entourage à divers médias africains. Contacté par Le Temps, l’intéressé n’a pas encore donné suite.

Financier de 69 ans ayant œuvré dans le privé puis dans le public, diplomate et ambassadeur de son pays, l’ancien président de la Fédération ivoirienne de football a imaginé un programme de réformes de la gouvernance et de la gestion d’une «confédération malade». Il veut renforcer les acteurs locaux, valoriser leurs compétences, rétablir les équilibres financiers.

En péril dans son organisation, la CAF avait elle-même appelé à l’aide en 2019 et la FIFA lui avait envoyé sa secrétaire générale Fatma Samoura pour une mission de six mois. Aujourd’hui, claironne Jacques Anouma, il est temps de «restaurer» l’instance. S’il devait jouer sa carte personnelle, il figurerait en quelque sorte le choix de l’indépendance de l’Afrique.

Patrice Motsepe, lui, a fait fortune dans l’exploitation minière jusqu’à devenir l’un des hommes les plus riches du continent. Il jouit d’un fort réseau politique, sa réussite en affaires laisse présager de son talent de gestionnaire, tandis que son programme tire les ficelles classiques: bonne gouvernance, professionnalisation, développement des infrastructures et du football féminin, drague des investisseurs privés… Il n’a jamais été impliqué dans les instances dirigeantes du football, ce que certains voient comme un manque d’expérience regrettable et d’autres comme la garantie d’une certaine fraîcheur.

Les voix critiques redoutent surtout que sa loyauté soit acquise à la FIFA davantage qu’au football africain.

Lire également: La FIFA tremble sur ses nouvelles bases