Inside football

Un gros mental et pas mal de réussite

Le dénouement de Suisse-Serbie (2-1) ne doit pas faire oublier les carences vues en première mi-temps, car la chance et la VAR ne seront pas toujours avec la Nati, estime Stéphane Henchoz

La victoire sur la Serbie (2-1) constitue un excellent résultat, qui place l’équipe de Suisse en position très favorable avant son dernier match mercredi soir contre le Costa Rica. Comme contre le Brésil, les Suisses ont réussi à survivre à un mauvais début de match et à revenir au score. Il faut relever la très grande force mentale de l’équipe.

Je crois que les Serbes ont fait une erreur d’appréciation en fin de match en voulant absolument marquer le deuxième but. Ils jouaient comme si un nul les éliminait, ce qui n’aurait pas été le cas. Ils se sont lancés vers l’avant et se sont ainsi exposés à des contre-attaques, que la Suisse a bien exploitées en se projetant souvent avec quatre joueurs. C’est comme cela que Shaqiri a marqué le but vainqueur.

Beaucoup de réussite

En football, le jugement des gens est trop dépendant du score final, alors que bien souvent, ça se joue sur un poteau rentrant ou sortant. Ou sur un penalty non sifflé. La prise de lutte au caleçon de Schär et Lichtsteiner sur Mitrovic à la 67e minute était indiscutablement fautive. Et à 2-1 pour la Serbie, pas sûr que la Suisse revienne une seconde fois à la marque. Nous avons déjà eu la réussite avec nous contre le Brésil, où l’arbitre aurait pu refuser le but de Zuber et siffler un penalty au Brésil. C’est le foot, tant mieux pour nous, mais attention: ça ne peut pas durer.

La Suisse ne peut plus se permettre non plus des premières mi-temps aussi mauvaises que celle de vendredi. Comme le Brésil, la Serbie aurait pu mener plus largement à la pause. Dans l’impact physique, nos joueurs se sont fait bouffer. Fabian Schär a été complètement dominé par Mitrovic sur le but serbe et les latéraux ont souvent été débordés. Seul Manuel Akanji a été capable de résister. A son âge, il aurait été facile de sombrer; il a au contraire tenu la baraque derrière en gagnant tous ses duels. Ce n’est pas forcément une question de taille, mais plutôt de mental, de timing, de placement et d’agressivité.

Les supporters et les médias suisses ont beaucoup sous-estimé l’avant-centre serbe Aleksandar Mitrovic. Je l’ai plusieurs fois vu jouer cette saison avec Fulham, où il a marqué 14 buts en six mois. C’est un tank, pas maladroit techniquement, le genre de joueur à la Giroud, pas très à la mode à l’ère du beau jeu et des passes dans les pieds, mais pour une défense, c’est une menace permanente. Sur la fameuse action où Schär et Lichtsteiner le ceinturent, on sent très clairement qu’ils ont peur de lui. Lorsqu’un attaquant vous domine de la tête, vous vous dites que vous allez perdre chaque duel face à lui. Donc vous essayez de faire autre chose: le gêner, l’empêcher de sauter, faire faute. Vous ne jouez plus le ballon, vous jouez l’homme. Sur corner, il est plus facile de s’en sortir parce qu’il y a beaucoup de trafic dans la surface et que l’arbitre ne peut pas tout voir. Mais le faire sur un centre où il n’y a que trois joueurs, c’est prendre de très gros risques.

Face au Costa Rica, la Suisse devra trouver des brèches

Heureusement, le Costa Rica ne possède pas de Mitrovic en attaque. Même si elle a été deux fois battue de peu, c’est clairement la moins bonne équipe du groupe. Ses qualités sont surtout défensives; elle n’est pas capable de créer du jeu. A partir de là, il n’y aura pas de surprise: un 5-4-1 avec une défense basse. Aux Suisses de trouver des brèches avec sans doute 70% de possession de balle. Ce ne sera pas forcément facile pour nous, parce que nous sommes encore loin d’avoir trouvé la bonne formule devant. C’est le genre de match où plus les minutes passent et plus ça devient compliqué parce qu’on se frustre. Le Brésil a trouvé la faille à la 90e minute sur un long ballon et un contrôle raté…

Comme les Costariciens sont déjà éliminés, je les imagine plus démotivés que libérés pour ce dernier match. Lorsque l’on joue aussi défensivement, ces sacrifices constants impliquent un engagement total. Seront-ils aussi déterminés? Le demi-mètre de retard, le 5% en moins d’intensité dans les duels, voilà qui peut faire la différence en faveur de la Suisse.

Un match nul suffit, mais je ne vois pas Vladimir Petkovic ne pas aligner sa meilleure équipe pour aller chercher la victoire. Mais la meilleure équipe, ce n’est, de mon point de vue, pas celle qui a joué contre la Serbie. Je ne changerais rien derrière, parce que les automatismes sont trop importants pour une défense. Plus on passe de temps à jouer ensemble, meilleur on devient. En revanche, au milieu et en attaque, il pourrait y avoir deux ou trois changements. Seferovic, je crois que maintenant, c’est bon… Sa chance, il l’a eue et re-eue. Il est complètement hors de forme et pas en confiance, mais comment pourrait-il en être autrement? Cela fait six mois qu’il ne marque pas. Dzemaili et Zuber n’ont pas montré non plus qu’ils étaient indiscutables.

* Ancien défenseur de Liverpool et de l’équipe de Suisse, 72 sélections

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