Les candidats à la présidence de la FIFA, dont l’élection est prévue le 26 février 2016 à Zürich, avaient jusqu’au lundi 26 octobre à minuit pour affirmer leur ambition et déposer leur dossier. A quelques heures de la fin du dépôt légal des candidatures, ils se comptaient huit pour succéder à Sepp Blatter. Au matin du 26 octobre, ils étaient cinq: Michel Platini, le président de l’UEFA, suspendu jusqu’au début de l’année 2016 par le comité d’éthique de la FIFA mais tout de même autorisé à déposer sa candidature; son ex-protégé le prince de Jordanie Ali Ben al-Hussein (qui s’était déjà présenté en mai dernier); le Français Jérôme Champagne, ex-directeur des relations internationales de la FIFA (de 1999 à 2010) devenu un opposant à Blatter à moins qu’il ne soit son cheval de Troie; David Nakhid, ancien joueur de Grasshopper et de l’équipe nationale de Trinidad-et-Tobago; et enfin Tokyo Sexwale, le politicien et homme d’affaire sud-africain, qui s’était déclaré en fin de semaine mais qui devait encore faire la preuve de ses cinq lettres de soutiens de fédérations.

Chung renonce

Premier mouvement sur l’échiquier, le renoncement du Sud-coréen Chung Mong-Joon, récemment suspendu pour six ans. Constatant la nullité de ses chances, l’ancien vice-président de la FIFA a retiré sa candidature lundi matin. «En raison des sanctions injustes du comité d’éthique, je ne peux pas déposer ma candidature en ce 26 octobre. J’arrête officiellement», a expliqué celui qui estime avoir été «piégé» et compare les membres du comité d’éthique de la FIFA à des «snipers de Blatter».

Salman se lance

Une heure plus tard, le cheikh bahreini Salman ben Ibrahim Al-Khalifa officialisait sa candidature. Le président de la Confédération asiatique de football (AFC) depuis 2013, par ailleurs membre de la famille royale du Bahrein, entend «remettre sur la bonne voie» la FIFA, dont il est lui aussi l’un des vice-présidents. Pour le cheikh Salman, retrouver transparence et justice doit être «la plus haute priorité» de la FIFA. Lui-même n’est pas exempt de tout reproche: son rôle dans la répression du soulèvement démocratique au Bahreïn en 2011 a été pointé du doigt par les ONG, alors que son influence dans l’obtention par le Qatar de l’organisation de la Coupe du Monde 2022 reste à évaluer.

Sexwale confirme

Paradoxalement, le candidat le plus probe est le seul à avoir fait de la prison. Tokyo Sexwale fut un compagnon de cellule de Nelson Mandela avant de devenir un homme d’affaire respecté et un politicien à ce jour épargné par les scandales. Selon son porte-parole, cité par Reuters, il possède bien les cinq soutiens de fédérations nécessaires. Il jouit en tout cas du soutien de sa fédération, ainsi que de celui de Franz Beckenbauer. Le «Kaiser», soupçonné d’avoir contribué à «acheter» le vote pour l’attribution de la Coupe du Monde 2006, pour lequel l’Allemagne fut préférée à l’Afrique du Sud, a il est vrai des choses à se faire pardonner. Treize ans après Issa Hayatou, Tokyo Sexwale n’est que le deuxième Africain à se présenter à l’élection.

Musa Bility aussi

Le troisième ne tardait pas à suivre. Dans l’après-midi, le président de la fédération libérienne de football Musa Bility abattait ses cartes. «Je suis officiellement candidat. Je suis très optimiste sur mes chances de gagner et je promets d’apporter des changements positifs», déclarait Musa Bility, qui se dit prêt au grand coup de balai: «Si nous voulons changer les choses, nous devons nous assurer que ceux qui ont gouverné la FIFA ces 25 dernières années n’ont plus leur mot à dire.»

Infantino, le plan B?

Restait la surprise du chef. Et si un Haut-Valaisan succédait à Sepp Blatter? Michel Zen-Ruffinen, qui quelques jours plus tôt se disait encore «candidat potentiel»? Non; Gianni Infantino, le secrétaire général italo-valaisan de l’Union européenne de football (UEFA)! Un communiqué du directeur de la communication de l’union européenne en personne authentifiait la candidature du bras droit de Michel Platini. Le président de l’UEFA risquant d’être déclaré inéligible, les Européens se devaient de trancher un dilemme: faire confiance à Platini, au risque de se retrouver sans candidat dans trois mois, ou présenter un autre champion, et désavouer Platini. C’est cette seconde lecture qu’ont tout de suite fait certains sites spécialisés, eux-mêmes suspectés d’être nourris par les spin doctors de Sepp Blatter.

La thèse du «lâchage de Platini» aurait été plus crédible avec une candidature du type de celle du Néerlandais Michael van Praag, souvent cité ces dernières semaines. Un secrétaire général est plus facile à désactiver. Car comme le rappelait Gianni Infantino l’an dernier dans une interview au Temps, «Michel Platini m’a fait comprendre qu’un secrétaire général n’avait pas vocation à devenir président». Il parlait de l’UEFA, pas de la FIFA. Lundi, le premier des deux appels interjetés par Michel Platini (sur la forme, le second porte sur le fond) a été rejeté par la commission des recours de la FIFA. Et si d’aventure Gianni Infantino devait se lancer jusqu’au bout? Polyglotte, comme Sepp Blatter, secrétaire général (comme Blatter en 1998), expert en cérémonie de tirage au sort (comme Blatter) et en déballage de langue de bois sur le ton de la confidence (comme Blatter): il y a une certaine logique à voir le natif de Brigue briguer le siège du vieux lion de Viège.