Quel début de rencontre! 14e minute: Lonfat ouvre le score d'un tir dévié par un défenseur. 15e: Zwyssig égalise de la tête sur corner. 17e: Servette reprend l'avantage suite à un corner de Petrov. Lonfat pique sa tête et réalise le doublé. Ces quatre minutes résument à elles seules le match admirable auquel les 4458 spectateurs ont eu la chance d'assister samedi soir aux Charmilles. Un rythme effréné, un festival offensif et la sensation que Servette est en permanence capable de surenchérir si par hasard Saint-Gall doit inscrire un nouveau but. Le résultat (4-1) de ce troisième match du tour final pour le titre confirme qu'il faudra compter avec les Genevois dans la course au titre.

Un audacieux système de jeu

A la décharge des Saint-Gallois, ce sont davantage les Servettiens qui furent excellents que les visiteurs médiocres. Lorsqu'on observe le potentiel offensif de l'équipe, on comprend mieux pourquoi Lucien Favre la fait évoluer en 3-4-3. Audacieux schéma certainement, mais en définitive preuve de bon sens: Frei, Obradovic et Petrov sont superbes de talent, d'imagination et d'abnégation. Permutant sans cesse sur le front de l'attaque, ils n'hésitent ni à jouer en retrait pour participer à la construction, ni à prêter main-forte à leurs défenseurs. Servis par Fournier et Lonfat, inlassables travailleurs et véritables dépositaires du jeu, ainsi que par Bratic, implacable machine à centrer, les solutions offensives sont multiples. Servette et son entraîneur osent le système qui permet le mieux aux joueurs de s'exprimer.

Le résultat d'une telle organisation s'affiche avec un jeu chatoyant et fluide, souvent à une ou deux touches de balle, une relance propre, un ballon gardé à terre. Et tout cela malgré une pelouse lourde, dégradée et une pluie battante. Comment ne pas être admiratif lorsque l'on remarque que les nouvelles recrues se trouvent les yeux fermés avec leurs partenaires? Témoin les deux derniers buts servettiens, issus d'actions collectives parfaitement maîtrisées. Le troisième (43e) débute par une ouverture en profondeur de Fournier pour Bratic. Celui-ci délivre un centre, repris d'une superbe tête plongeante par Frei, repoussée par Stiel et son poteau. A l'affût surgit alors Obradovic pour parachever l'ouvrage. L'origine du quatrième (69e) est une tête d'Obradovic à l'aveugle, qui dévie derrière lui pour Petrov, celui-ci lance instantanément Frei dans le dos de la défense. Ce dernier résiste au retour des défenseurs avant de marquer d'une frappe au ras du poteau.

Des qualités de cœur

Et lorsque les Genevois subissent le sursaut d'orgueil saint-

gallois en début de deuxième mi-temps, les spectateurs s'aperçoivent qu'ils sont aussi à l'aise en bleu de travail qu'en costume à paillettes. Après le Servette artiste, un Servette travailleur, courageux et solidaire qui retrousse ses manches. Chacun défend, souvent à hue et à dia. Devant une telle volonté collective, Saint-Gall doit admettre son impuissance.

Samedi soir, Servette avait l'étoffe d'un champion suisse. Nul doute que si les Genevois parviennent à maintenir un tel niveau de jeu lors des onze dernières rencontres, ils posséderont de bonnes chances de succéder aux Saint-Gallois. Le spectacle offert par les «grenat» ressemble en effet à s'y méprendre à une passation de pouvoir.