Décidément, le Lauberhorn n'est pas une descente comme les autres. Tout d'abord, il y a le cadre, unique. «Avec le soleil, la musique, on se croirait en Californie», lançait Daron Rahlves dans l'aire d'arrivée, un large sourire scotché aux lèvres après avoir soufflé la deuxième place à Bruno Kernen, le régional de l'étape. Eliminé après une faute dans le carrousel final, Didier Défago insistait, lui, sur «le panorama fabuleux et une ambiance à l'américaine».

A l'américaine? «Oui, il y a de l'animation ici. Ça change des autres courses européennes. Vous avez vu le show de la Patrouille de Suisse avant la course? Incroyable!» Vainqueur avec une avance impressionnante de plus d'une seconde (1''11) sur Rahlves, Stephan Eberharter vantait aussi le paysage de carte postale qu'offrait Wengen vendredi. «Quand vous voyez ça, vous ne pouvez qu'être inspiré», racontait le lauréat de cinq des sept descentes disputées cette saison. Plus haut, se découpant dans l'azur, l'Eiger, le Mönch et la Jungfrau auront apprécié le compliment.

«C'était un bon test»

Plus tard, en salle de presse, le grand dominateur du jour insistait sur son plaisir d'avoir remporté, comme l'an dernier, «une course de tradition, qui est aussi la plus longue du Cirque blanc». 4455 mètres que Hermann Maier (22e à 3''15) a peiné à digérer. La ligne d'arrivée franchie, le revenant de Flachau a offert au public une grimace qui en disait long sur ses limites physiques actuelles. «C'était un bon test quand même», estimait-il, visiblement peu affecté.

Dans le camp suisse, où le Lauberhorn n'est jamais une descente comme les autres, la 3e place de Bruno Kernen a réjoui tout le monde. Depuis 1994 et la victoire de William Besse, plus aucun Helvète n'avait connu les joies du podium à Wengen. «En voyant mon nom sur le tableau d'affichage, j'ai ressenti une joie indescriptible, avouait-il. Pensez: mon dernier podium de Coupe du monde remontait à 1997.» Rayonnant, le Bernois n'était pas surpris par sa performance: «J'étais très tranquille au départ. Je savais que si je skiais comme je sais le faire, je pouvais réussir quelque chose.» Une confiance nouvelle après une longue traversée du désert. «J'ai changé de matériel l'an dernier (ndlr: il a rejoint Rossignol après quatre saisons passées chez Head). Depuis, tout se passe mieux pour moi.»

Travail psychologique

Un changement de marque suffirait-il à transformer un skieur poussif en bête de course? «Non, ce serait trop facile. J'ai pris d'autres mesures pour me sortir de l'ornière. J'ai tout d'abord entrepris un travail de fond avec un psychologue du sport. Et j'ai commencé à travailler avec un nouveau préparateur physique. N'importe qui n'aurait pas accepté ce qu'il m'a fait endurer pendant la préparation estivale. Mais je lui ai fait confiance et ça paie aujourd'hui.»

Côté romand, en revanche, l'heure n'était pas à la franche rigolade. Très loin à tous les pointages intermédiaires, les deux Didier disaient ne pas comprendre l'ampleur de l'écart qui les séparait de «super» Eberharter. «Pourtant, j'ai tout sauf l'impression d'avoir mal skié», s'interrogeait Cuche, 17e à 2''83. «Il faudra analyser à la vidéo ce qui n'a pas marché», reprenait Défago. Histoire de relever la tête lors de la deuxième descente du Lauberhorn, ce samedi.