Une pluie fine, «juste pour emm...». Une pluie qui enquiquine et les «emm...» ne sont pas finis. Après cinq jours à sinuer entre les averses, le tournoi a pris des airs bizarres, sale air qui, partout, répand la colère: Rafael Nadal crie à l'injustice, les participant(e)s leur ras-le-bol, le public «remboursez».

Pluie, pluie, pluie. Tel est le temps qui lasse. Hier, un vil crachin a picoté sans discontinuer, avant que le ciel ne devienne noir puis carrément vilain. Il était 15h15. Sous l'eau, Roger Federer a sauvé deux balles de sets, service gagnant suivi d'un ace, face à Alberto Montanes. Il n'était plus question, ici, de terre battue et de balles bondissantes, mais de débattue et de platitudes. «Ça va aussi vite que Wilander - Lendl», a persiflé une dame refroidie.

Défait au tie-break (7-5), le maître a puni Montanes de son insolence en lui infligeant aussitôt un sec (ou quasiment) 6-1 6-0 6-4. «Personne n'aime disputer dix jeux sous la pluie, bougonne Roger Federer. Les balles sont lourdes, les échanges lents et la visibilité devient difficile. Je suis content d'en avoir fini.» Prochain adversaire: Mario Ancic, doucement remis d'une mononucléose aggravée.

Wawrinka exilé

Plus loin, beaucoup plus loin, Stanislas Wawrinka a pris la mesure du géant Marin Cilic, dont le point d'impact au service culmine à 3,50 m. «Stan le Vaudois», extirpé de son paisible anonymat, est depuis peu «un top ten», mais la programmation n'a pas l'air au courant ou, à l'inverse, semble subodorer que ce «top ten» sera un courant d'air. Car Stanislas Wawrinka fut envoyé aux confins du court No 16, sous les arbustes et les balcons du Tout-Auteuil, où il a trimé avec un bel esprit de corps (7-6 7-6 6-1). A côté de lui s'entraînait Maria Sharapova, derrière des grillages et un masque de fer, protégée par deux gardes du corps.

«J'ai gagné avec les moyens du jour, résume le «top ten». Contre Fernando Gonzalez, j'essaierai de mieux jouer. J'en aurai sans doute besoin.» Pas rancunier: «Je ne pensais pas atterrir sur le court No 16 mais, non, je ne suis pas vexé. Avec la pluie, le tournoi accuse un certain retard. Il était nécessaire de caser des matches partout.»

Pluie qui tombe, en douceur ou en trombe. «J'ai passé deux jours entiers au vestiaire, à attendre et à guetter le ciel, tempête Rafael Nadal. Ce n'était pas facile. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de bruit, et j'étais nerveux.» Rancunier: «Je ne comprends pas que l'organisation ait programmé le deuxième tour de Roger (Federer) avant la fin de mon premier tour.

Ce n'est pas logique. En arrivant à Paris, j'avais d'excellentes sensations. Peut-être les meilleures que j'aie jamais eues. Mais, là, j'ai gaspillé passablement d'influx.»

Pickpockets à l'œuvre

Selon les prévisions de Météo France, des averses éparses devraient encore fragmenter les trois prochaines journées. Pluie plus ou moins forte, pluie qui colporte le désenchantement et révèle les cloportes. Dans les allées engorgées de Roland-Garros, pickpockets et boutiques chères font commerce de la cohorte inerte et désœuvrée. Le tournoi avance lentement, cahin-caha, sans guère de relief pour l'instant.