Le rapport d'enquête de Salt Lake City sur l'achat de votes olympiques est beaucoup moins anodin que ne le laissaient entendre les premiers résumés mardi soir – et plus compromettant que prévu pour le Comité international olympique (CIO). Pas moins de dix nouveaux membres sont mis en cause à des degrés divers, ce qui porte à 24 ou près d'un cinquième du total le nombre de ceux qui ont indûment profité des largesses du comité de candidature (SLOC).

Parmi eux, le cas de Un Yong Kim retient l'attention. Si les informations initiales écartaient son nom, l'influent Coréen de 68 ans, président de la commission de radiotélévision du CIO, est bien accusé d'avoir imposé son fils Jung Hoon («John») comme employé de la société Keystone Communication en 1992, pour un salaire total de 75 000 à 100 000 dollars payé par le SLOC (la trace de 45 000 dollars seulement a été retrouvée). Keystone, insatisfait des services de «John» Kim, s'en est séparé en 1993.

Un Yong Kim, toujours sous enquête interne du CIO, dénonce les «attaques politiques visant à déstabiliser le processus de succession de Juan Antonio Samaranch» (il est candidat), tandis que ses avocats nient tout arrangement en faveur de son fils. Une confrontation de son témoignage avec celui de Tom Welch, ex-président du SLOC, paraît inévitable. M. Kim devra aussi s'expliquer sur des lettres où avec Vitaly Smirnov, autre «pointure» du CIO, il pousse le SLOC à payer une bourse d'études de 15 000 dollars pour une étudiante russe, Ekaterina Soukhorado.

Le rapport de la commission d'éthique de Salt Lake City vise Juan Antonio Samaranch en personne. C'est lui qui, lors d'une entrevue en 1989, conseillait à Tom Welch et Dave Johnson, Nos 1 et 2 du SLOC, de soigner d'étroites relations personnelles avec les membres du CIO pour mieux intégrer la «famille» olympique. Ce qui fut fait. Parmi le déluge de dépenses somptuaires, on trouve entre autres des notes d'hôtel pour des séjours de René Essomba (membre du CIO décédé en 1998) à… l'Intercontinental de Paris – pas l'endroit idéal pour juger le dossier technique de Salt Lake City.

Prêts personnels, bourses d'études bidon, soins, emplois plus ou moins fictifs: la panoplie de la corruption est impressionnante et fait apparaître une sollicitation constante de la part des membres du CIO. Au sommet du hit-parade se trouve le Congolais Jean-Claude Ganga, (250 000 dollars de frais pour lui et sa famille, plus 70 000 dollars de paiements directs inexpliqués). Mais il est loin d'être le seul. Outre les membres démissionnaires ou en attente d'exclusion, les nouvelles personnes impliquées par la commission d'éthique de Salt Lake City sont: major-général Henry H. Olufemi Adefope (Nigeria), Phillip Coles (Australie), Willi Kaltschmitt (Guatemala), Ashwini Kumar (Inde), Shagdarjav Magvan (Mongolie), Anani Matthia (Togo), Rampaul Ruhee (Maurice), Auistin Sealy (Barbade), Siuli Paul Wallwork (Samoa) et Mohamed Zerguini (Algérie).

Par ailleurs, le quotidien suédois Dagens Nyheter de mercredi dénonce un comportement similaire chez d'autres membres du CIO venus inspecter la candidature de Stockholm 2004. Il s'agit du général soudanais Zein el-Andin Ahmed Abdel Gadir (déjà en voie d'exclusion), du Roumain Alexander Sipercos, du Japonais Shiharu Igaya et du délégué des Fidji Robin Mitchell.

Le CIO a annoncé dans un communiqué qu'il «continue d'enquêter et reste prêt à agir si des preuves apparaissent».