Que représentent 10 000 francs annuels supplémentaires dans la vie d’un sportif de haut niveau? «Peut-être trois séjours supplémentaires à Toulouse, pour travailler avec l’entraîneur Dominique Hernandez», répond Loïc Gasch, vice-champion du monde en salle de saut en hauteur. «Des stages plus fréquents sur les glaciers et la possibilité de rémunérer mes coachs», ajoute Caroline Ulrich, 20 ans, jeune talent du ski-alpinisme. «C’est, dans tous les domaines, réfléchir à la meilleure solution pour servir ses performances, plutôt qu’à la moins coûteuse», résume Lea Sprunger, jeune retraitée de l’athlétisme.

Dix mille francs annuels, c’est aussi la somme que les meilleurs athlètes vaudois seront désormais susceptibles de toucher de l’association Vaud Générations Champions. «Les sportives et sportifs d’élite de notre canton manquent cruellement de soutien», martèle son président Sergei Aschwanden. L’ancien judoka est, avec Viriginie Faivre (ski freestyle) et Anne-Sophie Thilo (voile), à l’origine d’un projet qui a déjà permis de lever 1 million de francs auprès de partenaires publics et privés.

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Ce sont pas moins de 57 athlètes qui en bénéficieront selon les critères d’éligibilité actuels. Il faut pratiquer une discipline individuelle et être titulaire, dans le cadre du système de soutien de Swiss Olympic, d’une carte «or» ou «argent». La carte «bronze» permet, elle, d’obtenir 5000 francs annuels, comme une participation à des Jeux olympiques de la jeunesse.

La précarité des athlètes d’élite

Cet argent doit servir à «optimiser les performances», selon les mots de Lea Sprunger, vice-présidente de la structure. Pour s’en assurer, Vaud Générations Champions ne fera pas de versement «à l’aveugle,» mais remboursera des frais effectifs pour des soins, des camps, etc. Comptable de formation, Loïc Gasch a bien compris que sa bourse ne l’aidera pas à payer son loyer. «Mais à la question «j’aurais besoin de ça pour réussir mais est-ce que je peux me le permettre?», je pourrai répondre plus souvent oui», se réjouit-il.

Selon une étude réalisée par la Haute Ecole fédérale du sport de Macolin en 2021, 41% des sportives et sportifs d’élite en Suisse gagnent moins de 14 000 francs par an dans le cadre de leur discipline. Dans ce contexte, bénéficier d’un montant fixe supplémentaire pour amortir des frais n’est pas de refus. «Surtout que le système est vraiment basé sur nos performances, par sur notre popularité ou sur celle de notre spécialité», applaudit Caroline Ulrich.

Au-delà du soutien financier, l’association Vaud Générations Champions entend aussi contribuer à la valorisation des athlètes, les faire intervenir au sein des écoles et les mettre en réseau, afin que les expériences des uns puissent profiter aux autres.

«Nous refaisons notre retard»

Pour l’heure, les athlètes professionnels de disciplines collectives ne sont pas concernés. Mais Sergei Aschwanden n’exclut rien pour l’avenir. Avec sa casquette de député, l’ancien judoka œuvre en parallèle pour une initiative proposant d’allouer au sport 1% du budget cantonal vaudois, soit environ 100 millions de francs, dix fois plus qu’aujourd’hui, «ce qui pourrait changer beaucoup de choses à tous les niveaux», nous dit-il.

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Problème: il y a dix jours, Le Temps se faisait l’écho de la difficulté à récolter les 12 000 signatures nécessaires pour ce que le texte soit porté en votation populaire. «Nous n’y sommes pas encore, mais je peux aujourd’hui dire que nous refaisons notre retard, lance Sergei Aschwanden. Les signatures rentrent actuellement très vite, les associations sportives ont bien travaillé sur le terrain. Ça va être chaud, mais on espère avoir le compte le 18 juillet.» Alors, l’été 2022 aura été très prolifique pour le sport vaudois.