L'Indonésie s'est réveillée dimanche matin endeuillée par l'une des pires tragédies jamais survenues dans un stade de football. Au moins 125 personnes sont mortes et 180 ont été blessées dans un mouvement de foule quand des milliers de fans ont envahi le terrain et ont été aspergés de gaz lacrymogène. Le bilan a été révisé de 174 à 125 morts, à cause du double comptage de certaines victimes, a indiqué un responsable de la province de Java Est. «Une tragédie au-delà de l'imaginable», a déclaré le président de la Fédération internationale de football Gianni Infantino dans un communiqué.

Un spectacle désolant devant le stade Kanjuruhan, dans la ville de Malang, à l'est de l'île de Java, témoignait dimanche matin des agitations de la veille: des véhicules calcinés, dont un camion de police, jonchaient les rues. La police a fait état de 13 véhicules brûlés. Des supporters de l'équipe du Arema FC ont pénétré sur le terrain après la défaite de leur équipe 3-2 contre celle de Persebaya Surabaya. C'était la première fois en plus de vingt ans que l'Arema FC perdait face à sa grande rivale, dans un pays où les rivalités entre supporters virent souvent à la catastrophe.

La police, qui a qualifié cet incident d'«émeutes», a tenté de persuader les fans de regagner les gradins et a tiré des gaz lacrymogènes après la mort de deux policiers. De nombreuses victimes ont été piétinées mortellement. Des survivants ont décrit des spectateurs pris de panique, bloqués par la foule, quand la police a lancé des gaz lacrymogènes.

Grandes quantités de lacrymogène

Le stade contenait 42 000 personnes et était au complet selon les autorités. Quelque 3000 d'entre eux ont envahi le terrain en signe de colère après le match. Des images capturées à l'intérieur du stade montrent une énorme quantité de gaz lacrymogène et des personnes s'agrippant aux barrières, tentant de s'échapper. D'autres portaient des spectateurs blessés, se frayant un chemin à travers le chaos.

«Des policiers ont projeté du gaz lacrymogène, et les gens se sont aussitôt précipités pour sortir en se poussant les uns les autres et ça a provoqué beaucoup de victimes», a indiqué à l'AFP Doni, un spectateur de 43 ans, qui n'a pas voulu donner son nom de famille.

«Il n'y avait rien, pas d'émeutes. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, il ont soudain envoyé du gaz lacrymogène, a-t-il déclaré. Ce qui m'a choqué c'est qu'ils ont pas pensé aux femmes et aux enfants.» Le directeur d'un hôpital a indiqué sur une chaîne de télévision locale qu'une des victimes n'avait que cinq ans.

Excuses générales et enquête

Le président indonésien Joko Widodo a ordonné dimanche «une évaluation complète des matchs de football et des procédures de sécurité», après cet incident. Il a demandé à l'Association nationale du football de suspendre tous les matchs jusqu'à des «amélioration de la sécurité». «Je regrette profondément cette tragédie et espère que cette tragédie liée au football sera la dernière dans notre pas», a-t-il déclaré dans un discours télévisé.

Le gouvernement indonésien a présenté ses excuses pour ce drame. «Nous sommes désolés pour cet incident (...) C'est un incident regrettable qui «blesse» notre football à un moment où les supporters peuvent assister à un match dans un stade», après une longue interruption pendant la pandémie de Covid-19, a déclaré le ministre indonésien des Sports et de la Jeunesse Zainudin Amali à la chaîne Kompas.

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Mea culpa aussi du côté de l'Association de Football d'Indonésie (PSSI), qui a suspendu tous les matches prévus cette semaine. «Nous sommes désolés et nous présentons nos excuses aux familles des victimes et à toutes les parties pour cet inciden», a dit le président de PSSI, Mochamad Iriawan.

Une violence endémique

La violence des supporters est un problème en Indonésie, où les rivalités de longue date se sont transformées en affrontements mortels. Certains matches - le plus important étant derby entre Persija Jakarta et Persib Bandung - sont si tendus que les joueurs des équipes de haut niveau doivent s'y rendre sous haute protection. Les fans de Persebaya Surabaya n'avaient pas été autorités à acheter des billets pour le match, de crainte d'incidents.

Le chef de la Confédération asiatique du football, a exprimé ses regrets face aux pertes humaines. «Je suis profondément choqué et attristé d'apprendre des nouvelles aussi tragiques venant d'Indonésie, un pays où l'on aime le football», a déclaré Salman bin Ebrahim Al Khalifa dans un communiqué.

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Ce drame est l'une des plus grandes tragédies enregistrées dans un stade de football. En 1964, 320 personnes sont mortes et plus d'un millier a été blessé dans un mouvement de foule au stade national de Lima au cours d'un match de qualification entre le Pérou et l'Argentine. En 1989, un mouvement de foule au stade de Hillsborough en Grande-Bretagne avait causé la mort de 97 fans de Liverpool.

A la suite de Hillsborough, les stades anglais puis européens ont été profondément remaniés avec la généralisation des places assises et la suppression des grillages. Depuis, les drames de ce genre sont devenus rarissimes dans les pays occidentaux (au point que l'on y réinstalle depuis peu des places debout) mais restent fréquents dans les autres parties du globe. On a ainsi déploré 84 morts en 1996 au Guatemala (panique), 127 morts en 2001 à Accra au Ghana (bousculade), 74 morts en 2012 à Port Said en Egypte (bagarres entre supporters).