Astana n’est pas seulement une équipe de coureurs cyclistes. C’est surtout une sitcom à succès, un soap opera qui a tout d’Amour, gloire et beauté, la série télé culte des ménagères de plus de 50 ans. Les deux sont diffusées sur France 2, les deux usent du même mélo, et d’un scénario couru d’avance…

Vinokourov le maudit

Depuis le début du Tour de France, il se passe toujours quelque chose dans l’équipe du nom de la capitale du Kazakhstan. Entre le maillot jaune Alberto Contador et le septuple vainqueur du Tour, Lance Armstrong, c’est amour, haine, rebondissement, trahison, rédemption, divorce. Avant même que l’édition 2009 ne soit terminée et qu’Alberto Contador soit assuré de ramener sa tunique jaune jusqu’aux Champs-Elysées, le patron de l’équipe, le Belge Johan Bruyneel, a annoncé son départ: il ne sera plus aux commandes de l’escouade la plus médiatique du peloton la saison prochaine. «Une page de ma carrière va se tourner», a dit celui qui compte huit Tours de France à son actif de directeur sportif avec Armstrong et Contador.

La faute à l’icône nationale du Kazakhstan, Alexandre Vinokourov, qui a déclaré son souhait de retrouver «son» équipe – créée et financée pour lui par les autorités de son pays en 2006 – à partir du 24 juillet. A cette date, il aura purgé sa suspension de deux ans après son contrôle positif pour transfusion sanguine sur le Tour 2007. «Chez vous, en Europe, le patriotisme ne veut plus dire grand-chose. Mais chez nous, ça signifie encore beaucoup», avait souligné Vinokourov.

Contador en retrait

Ce souhait, il l’a formulé le 2 juillet à Monaco, juste avant le départ de la Grande Boucle, dans l’hôtel des coureurs. Le héros national était accompagné du vice-président de la Fédération kazakhe de cyclisme, Nikolaï Proskurin. Le Belge n’était déjà plus dans les petits papiers d’Astana. «Bruyneel n’a pas gagné grand-chose, contrairement à ce qu’il nous avait assuré», avait déclaré Proskurin. «Il a donné une mauvaise image du Kazakhstan.» Référence à un différend entre les deux hommes pendant le Tour d’Italie, en mai. Astana avait failli disparaître pour des problèmes d’argent: les coureurs n’étaient plus payés, selon le directeur sportif belge.

L’annonce précipitée du départ de Johan Bruyneel va-t-elle déstabiliser Alberto Contador dans la conquête de sa deuxième Grande Boucle? «Je n’étais pas au courant», a assuré l’Espagnol. «Je suis concentré sur le Tour. C’est seulement après l’arrivée à Paris que je penserai à mon avenir, à celui de l’équipe», a-t-il dit poliment. Drôle d’ambiance chez Astana où semble régner une atmosphère d’enterrement depuis qu’Alberto Contador a revêtu le maillot jaune.

Un huitième sacre?

Un indice: le jour où Johan Bruyneel annonce qu’il va quitter Astana, son protégé, Lance Armstrong déclare qu’il s’alignera, à 38 ans, sur le Tour 2010, avec sa propre équipe et qu’il en dévoilera le nom ce jeudi. Le sponsor pourrait être Texan, comme Armstrong. Et Johan Bruyneel, le mentor de l’Américain sous les couleurs d’US Postal, puis Discovery Chanel et aujourd’hui Astana, devrait sans surprise être de la partie. Les douaniers suisses et français qui ont fouillé de fond en comble les véhicules d’Astana, mardi, n’ont pas mis la main sur le contrat de la future équipe d’Armstrong. Ils n’ont d’ailleurs rien trouvé.

Armstrong a certes fait vœux d’allégeance à Contador, mais l’Américain a démontré mardi et hier qu’il n’avait peut-être pas totalement renoncé à un huitième sacre: «On peut toujours se faire un film dans lequel c’est possible», a-t-il commenté.