Les managers de la Formule 1 terminent leur marché. Côté transferts, l'année 2000 s'annonce comme un bon millésime. Si les pilotes des écuries Ferrari, McLaren et aussi Jordan * ont été confirmés depuis longtemps, de nombreux changements interviendront la saison prochaine dans la plupart des autres équipes qui ont décidé de changer un de leur pilote, parfois les deux. A l'exception de l'Argentin Gaston Mazzacane (Minardi), qui n'a toutefois pas eu la chance de s'exprimer au volant d'une monoplace vraiment performante, la plupart des pilotes du plateau n'usurpent pas leur place en Formule 1. Hormis Michael Schumacher et Jacques Villeneuve, que les observateurs placent en général sur le dessus du panier, tous les pilotes se tiennent dans un mouchoir de poche en terme de performance pure, et sans tenir compte de leur expérience, de leur marge de progression possible ou encore de leur état d'esprit, évidemment variable en fonction des circonstances et de la qualité de leur machine.

Alors, à quoi bon ce jeu de chaises musicales et ces intrigues de paddock pour enrôler le pilote du voisin, ou faire venir de «nulle part» un inconnu que l'on croit être la perle rare? Sans doute à cause des considérations commerciales, financières ou de marketing qui ont désormais une influence considérable sur le choix d'un pilote. Cette tendance s'est confirmée avec les investissements toujours plus lourds consentis par les grands constructeurs automobiles. La valeur d'un pilote ne se limite pas, heureusement, à sa seule capacité à conduire vite une monoplace de 850 chevaux, au milieu d'un peloton de 22 voitures.

Assurer sa retraite

Jacques Villeneuve est ainsi l'archétype même du meilleur compromis pilotage/valeur commerciale. Flavio Briatore, en charge de recruter les pilotes pour le compte de la future équipe Renault (ex-Benetton) a fait une alléchante proposition au Québécois. Le constructeur français comptait beaucoup sur la présence dans ses rangs de celui qui fut champion du monde en 1997, avec un moteur Renault dans le dos. A l'époque, les retombées en terme de marketing avaient été excellentes. Mais Villeneuve a préféré rester dans le giron du British American Racing, sans doute convaincu par les arguments techniques, mais aussi sonnants et trébuchants de Honda, nouveau motoriste de l'écurie. C'est également la puissance d'un constructeur nippon qui a convaincu Mika Salo de quitter le cocon, un peu trop confortable, de l'écurie Sauber pour tenter l'aventure Toyota. Bon pilote, âgé de 34 ans, le blondinet finlandais est également un excellent «produit» au Japon. Il est marié à une Japonaise et a déjà participé au championnat local de Formule 3000. L'expérience qu'il entreprend avec Toyota, lui assure de disputer une ou deux saisons de Grand Prix, à partir de 2002, avant d'occuper un poste à responsabilité au sein du team Toyota. Une façon comme une autre d'assurer sa retraite.

Jenson Button n'en n'est pas là. Tout juste agé de 20 ans, l'Anglais dispute cette année sa première saison de manière tellement convaincante qu'il s'est vu extrêmement courtisé, sauf par l'écurie Williams qui l'a fait débuter! Button n'a sûrement pas perdu au change en acceptant la proposition de Renault. Avec son coup de volant, sa gueule d'ange, son sourire ravageur et tout l'avenir devant lui, Jenson Button est a coup sûr une vedette de demain. Il intéresse les sponsors ce qui est désormais un argument de poids. Pas complètement fou, Frank Williams est assuré, par contrat, de récupérer le jeune Anglais en 2003.

La discrétion est un défaut

Comme Salo, Pedro Diniz va lui aussi quitter l'écurie suisse Sauber. Peter Sauber a dit un jour: «En F1, les deux pilotes les plus intéressants sont Michael Schumacher et Pedro Diniz. Schumacher pour son talent, Diniz pour son argent.» Il est vrai que le Brésilien consacre près de 10 millions de dollars (17 millions de francs suisses) chaque année pour assouvir sa passion. Son père, qui a fait fortune dans la grande distribution au Brésil, a mis au point un fructueux montage pour inciter ses principaux clients à investir sur la carrière de son fils. En 2001, Diniz pourrait rejoindre l'écurie Prost Grand Prix, et s'offrir au passage une prise de participation au sein de l'écurie française. Dans ce cas, il pourrait échanger son baquet avec celui de l'Allemand Nick Heidfeld qui n'intéresse plus Alain Prost: «Lorsque j'ai engagé Heidfeld (à Spa en 1999), il représentait pour moi la garantie d'obtenir ensuite le moteur Mercedes. Le constructeur allemand a depuis changé d'avis, je ne vois pas l'intérêt de conserver Nick.»

Le cas de Pedro de la Rosa est particulier. L'Espagnol a démontré être un excellent pilote, il est soutenu par de puissants sponsors, mais son principal défaut est d'être trop discret au point d'en être transparent. A l'heure où la Formule 1 profite d'une sur-exposition médiatique, c'est un handicap majeur. Et puis, il y a encore des pilotes qui ne doivent leur place ou leur arrivée en Formule 1 qu'à leur seul talent. C'est le cas du très exotique Colombien Pablo Montoya. Cet ancien pilote d'essais Williams est allé s'illustrer et se faire la main dans le championnat CART aux Etats-Unis (champion en 1999 et vainqueur des 500 miles d'Indianapolis en 2000). A partir de 2001, il retrouvera le giron Williams-BMW. Le seul critère de Frank Williams pour le recruter a été son talent.

* Michael Schumacher et Rubens Barrichello chez Ferrari, Mika Hakkinen et David Coulthard

chez McLaren-Mercedes, Harald Frentzen et Jarno Trulli chez Jordan-Honda.