Après plusieurs jours de cacophonie et de décisions tous azimuts de la part des cantons, le couperet est tombé ce mercredi. Les matchs des grands championnats du pays – de football et de hockey sur glace – se joueront désormais sans public. Même si le terme n’a pas été utilisé par le Conseil fédéral, c’est un «huis clos» qui est imposé aux clubs, avec une limitation du nombre de spectateurs fixée à 50 personnes. Cela pour une durée indéterminée. Le sport suisse accuse le coup. Dans un communiqué, les ligues de hockey n’hésitent ainsi pas à parler d'«un revers majeur», alors qu'«aucun cas confirmé de contamination d’un spectateur n’a été enregistré [dans une patinoire]».

«Une situation de détresse»

Au vu de la progression de la pandémie, les annonces ne surprennent pas Raphaël Berger, le directeur général de Fribourg-Gottéron. Ce dernier regrette cependant que «les autorités ne proposent aucune solution au monde sportif pour qu’il puisse sortir la tête de l’eau». Pour le Fribourgeois, jouer sans public (donc sans recettes de billetterie, ni de restauration) est un non-sens économique: «C’est comme demander à une compagnie aérienne de voler sans passagers juste pour que les pilotes puissent travailler.» «Nous sommes dans une situation de détresse, sans perspectives, poursuit Raphaël Berger. Contrairement à Jésus, les présidents de club ne peuvent pas faire de miracles.»

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Les clubs de hockey profiteront de la trêve de l’équipe internationale, dès la semaine prochaine, pour discuter des conséquences des décisions du Conseil fédéral. Pour la coprésidente du HC Bienne, Stéphanie Mérillat, la question de la poursuite des matchs se pose: «Le problème, c’est que l’incertitude est totale concernant l’évolution du contexte sanitaire. Si nous arrêtons aujourd’hui, nous n’avons aucune garantie de pouvoir reprendre le championnat.»

Mettre le sport en pause?

Dans le milieu du football, le bouillant président du FC Sion, Christian Constantin, plaide pour mettre le sport professionnel en pause: «Le virus est là, le mois de novembre s’annonce terrible. Comment justifier de se retrouver en cuissettes dans un stade – vide qui plus est – alors que les hôpitaux sont saturés et que les soignants alignent les heures supplémentaires pour sauver des vies?» Pour lui, il sera toujours possible, une fois cette deuxième vague passée, de trouver des alternatives, avec par exemple un championnat plus court ou prolongé sur l’été.

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Didier Fischer, président de la Fondation 1890, actionnaire du Servette FC et du Genève-Servette HC, pense au contraire que «tant que l’on peut jouer, il faut jouer». «Nous devons maintenir le système sportif en vie, comme celui de la culture d’ailleurs», souligne le Genevois. Ne souhaitant pas faire de spéculations sur l’avenir, il confesse «prendre mesure après mesure». Il n’en tire pas moins la sonnette d’alarme. Les pertes financières promettent d’être catastrophiques et la survie de plusieurs clubs est en jeu, selon lui.

«Le risque existe que le championnat n’arrive pas à son terme faute de combattants», assure-t-il encore, insistant sur la nécessité de mesures d’accompagnement et d’aides financières. Derrière la vitrine du «sport business», il rappelle «le rôle communautaire» essentiel joué par les clubs: «Uniquement pour nous, dans le canton de Genève, ce n’est pas moins de 750 jeunes qui font du sport avec un maillot grenat sur le dos, encadrés par des moniteurs et entraîneurs.»

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Mesures pour le sport amateur

Le monde professionnel n’est par ailleurs pas le seul touché. Concernant le sport amateur, les activités impliquant des contacts physiques (football, basketball, sports de combat, danse, etc.) sont dorénavant interdites sur l’ensemble du territoire suisse par le Conseil fédéral. Des entraînements individuels sans contact peuvent cependant être organisés. Les autres pratiques sportives (tennis, patinage, gymnastique, etc.) sont autorisées, à la condition de porter un masque ou de maintenir la distance sociale. Dans les lieux clos, le nombre de personnes demeure limité à 15. Ces restrictions ne touchent pas les enfants de moins de 16 ans.


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