Le Temps: La dépression post-olympique est-elle un phénomène courant et admis?

Mattia Piffaretti: La psychologie du sport reconnaît la possibilité de réactions émotionnelles associées à des transitions de carrière. La fin d'une grande compétition peut représenter un défi majeur. L'athlète doit retrouver ses repères car, au sortir de l'événement, il ressent la perte d'un objectif clair et stimulant étalé sur de longues années, comme un sentiment de vide ou de flou, qui se traduit par des difficultés à se remotiver.

- Est-il possible de prévenir cette réaction?

- L'expérience de plusieurs échéances aide à mieux anticiper «l'après». Il y a tout un travail de planification à effectuer, vers de nouveaux objectifs et une réévaluation des motivations profondes. Les recherches montrent que les athlètes préparés à ce type de transition conservent une plus grande stabilité émotionnelle.

- Quelles sont les causes de ce baby blues?

- Les Jeux olympiques sont un monde de lumière, d'enthousiasme et d'adrénaline dont le corps tout entier s'imprègne. Le retour à la maison engendre une chute de ces notions psychologiques et physiologiques. L'athlète, soudain, peut souffrir d'un manque de stimulation. A mon sens, planifier «l'après» représente un objectif tout aussi important et sérieux, afin d'accompagner le repli vers la normalité et de remettre les Jeux olympiques dans une juste perspective, c'est-à-dire dans un contexte d'exception, hors de la réalité.

- En phase de compétition, préconisez-vous d'en banaliser la dimension événementielle ou, à l'inverse, de s'en nourrir?

- L'attention médiatique est bien plus élevée qu'à l'ordinaire. A cet égard, elle représente un défi psychologique majeur. Deux à trois olympiades sont souvent nécessaires pour trouver ses marques et apprivoiser la dimension exceptionnelle des JO - à l'exemple de Sergei Aschwanden, souvent favori et médaillé à sa troisième tentative. Inutile de le nier: les Jeux nécessitent une préparation spécifique.