Depuis le début de la crise liée au nouveau coronavirus, le sport professionnel a multiplié les appels au secours. Le Conseil fédéral a d’abord voulu le sauver en lui parachutant des aides de 350 millions de francs sous forme de prêts – mais cela ne ferait que repousser le danger, ont rétorqué les responsables des clubs de football et de hockey sur glace, particulièrement touchés. Pour s’en sortir en dépit de l’interdiction d’accueillir du public dans leurs stades et patinoires, ils avaient besoin d’un soutien à fonds perdu. Ils ont fini par l’obtenir.

Ce mercredi, le Conseil fédéral a annoncé que 115 millions de francs pourraient être injectés dans le sport d’élite afin de l’aider à survivre à la pandémie. Et ce, sans entraîner de remboursement, promis à venir ultérieurement plomber les finances des bénéficiaires. Cette mesure concerne les 44 clubs professionnels des deux premières divisions masculines de football et de hockey, mais aussi les 89 formations semi-professionnelles que compte le pays dans différentes disciplines (volleyball, basketball, handball, unihockey ainsi que football et hockey féminins).

Le montant ne tombe pas du ciel. Il correspond au manque à gagner qui se profile sur les recettes de billetterie et sera réparti en tenant compte des proportions des rentrées d’argent de la saison 2018-2019. Même si tous les matchs de la saison se jouent à huis clos, jusqu’à l’été 2021, la somme devrait suffire à satisfaire tout le monde, a estimé la conseillère fédérale Viola Amherd.

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Salaires à réduire

Les aides ne seront toutefois pas distribuées sans garantie. Le Conseil fédéral exige en contrepartie que les bénéficiaires produisent une série d’efforts financiers, et notamment que les deniers publics ne servent pas à garantir des salaires jugés trop hauts. Concrètement, les clubs devront ramener les rémunérations de leurs employés au montant maximum couvert par l’assurance accidents, c’est-à-dire 148 000 francs par an. Dans le football et le hockey sur glace suisses, tous les joueurs sont loin d’avoir de tels salaires. Mais ceux de certaines stars dépassent tout de même aisément le demi-million de francs. Le cas échéant, ils devront au moins être réduits de 20%. La Confédération exigera une transparence totale en la matière.

En outre, les clubs désirant être aidés doivent s’engager à maintenir leur niveau d’engagement envers la promotion de la relève et du sport féminin aux standards de la saison 2018-2019 pour cinq ans au minimum. Et ils ne seront pas autorisés à verser des dividendes à leurs actionnaires pendant la même durée.

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Réactions plutôt positives

Les premières réactions du monde du sport sont plutôt positives, avec deux réserves. La première est que le paquet ficelé par les services de Viola Amherd doit encore être accepté par le Conseil national. La seconde est que les conditions d’attribution peuvent poser des problèmes, ne serait-ce que sur le plan juridique, notamment à l’endroit de contrats en cours.

Interrogé par 20 Minuten, le directeur de la Swiss Football League, Claudius Schäfer, invite à considérer les actions d’ores et déjà entreprises depuis le début de la crise: «De nombreux clubs ont déjà revu leur structure salariale. Une majorité d’entre eux ont déjà réduit leurs salaires de 20 à 50%…» Mais à ce niveau de soutien public, les responsables de clubs comme d’instances se rendent bien compte qu’ils ne disposent plus d’une grande marge de négociation. Les aides à fonds perdu devraient leur permettre de survivre.