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Pour le président de l’ATP, Chris Kermode, le tennis jouit d’une excellente image surtout grâce à la génération actuelle de joueurs, que le public perçoit comme des icônes et des exemples.
© PAUL CROCK

Tennis

«Quand un sport n’est plus crédible face au dopage, c’est le début de la fin»

Alors que la saison 2016 s’ouvre lundi avec le début de l’Open d’Australie à Melbourne, Chris Kermode, le président de l’Association des joueurs professionnels (ATP) se félicite de la bonne image de son sport mais sait que le tennis doit faire plus pour lutter contre le dopage

(Cet entretien a été réalisé avant les accusations dimanche soir de la BBC et du site Buzzfeed affirmant avoir eu la preuve de matches truqués).

Lire aussi: L’Open d’Australie s’ouvre sous l’ombre de soupçons de corruption


 

Il y a deux ans, Chris Kermode, 50 ans, est devenu le nouveau président de l’ATP (association des joueurs de tennis professionnel) qui gouverne le tennis masculin. A Londres, en marge du Masters, il a reçu le Temps pour évoquer les défis auxquels est confronté ce sport majeur, riche et médiatisé où les joueurs prennent peu à peu le pouvoir.

Le Temps: Quel est le rôle exact de l’ATP par rapport à celui de la Fédération internationale?

En tennis, il existe en effet plusieurs organes dirigeants. Il y a l’ATP, association des professionnels masculins, et son pendant féminin la WTA. Il y a l’ITF, la fédération internationale et les Grands Chelems. Et nous travaillons tous ensemble. En tant que président de l’ATP, mon rôle est d’élever le niveau promotionnel, marketing et médiatique du tennis masculin. L’ATP est une organisation unique représentée par les talents de ce sport, un management et des promoteurs. Une structure complexe et pas évidente à gérer dans la mesure où elle est confrontée à deux entités opposées dont elle doit défendre les intérêts respectifs. Cela nécessite un dialogue permanent entre les différentes parties pour éviter les conflits joueurs/promoteurs que l’on voit dans le basket ou d’autres sports américains menacés par des grèves et des périodes de lock-out. L’ATP est un vrai partenariat entre joueurs et organisateurs de tournois. Et depuis deux ans, ça se passe très bien. Tout le monde a le sentiment d’une bonne entente et d’une vision globale à long terme.

A l’heure où certains sports comme le football et l’athlétisme vivent de vrais tremblements de terre, comment fait le tennis pour garder une si bonne image?

Je crois que c’est dû à la formidable génération de joueurs que nous avons actuellement. Probablement la meilleure qu’on n’ait jamais eue. Ils sont remarquables non seulement en tant qu’athlètes mais aussi en tant que personnes. Et ils ont donné le ton pour la génération montante. Les jeunes joueurs perçoivent Federer, Djokovic, Nadal ou Murray comme des icônes et cela crée une émulation positive. Par ailleurs, le tennis a bénéficié d’une image clean. La radiographie de l’audience du tennis est intéressante car partagée équitablement (50-50) entre le tennis féminin et masculin. Ce qu’on ne retrouve pas dans d’autres sports où il y a soit une domination masculine comme en football et rugby ou au contraire féminine comme en gymnastique par exemple. Le tennis est un sport de masse qui attire un public de tous les âges et très varié.

Quel est le pouvoir décisionnel des joueurs à l’ATP?

Nous avons un «board» composé de six personnes. Trois représentants des joueurs et trois représentants des organisateurs et en dessous nous avons un conseil des joueurs et un conseil des organisateurs. Par le passé, il y avait un clivage entre ces deux parties. Nous essayons vraiment de favoriser le dialogue pour que chaque partie écoute et comprenne les problématiques de l’autre. J’ai parlé aux dix premiers joueurs du classement. Je leur ai dit que je ne pouvais pas me rendre compte de ce que c’est qu’être un membre du Top 10 en termes de pression, de même qu’ils ne peuvent pas mesurer la pression qui pèse sur les épaules des organisateurs. L’idée est donc leur apprendre à s’écouter et se respecter.

Quel rôle jouez-vous dans le dialogue qu’ont les joueurs avec l’ITF notamment en ce qui concerne la Coupe Davis?

La Coupe Davis et les Jeux olympiques sont des évènements qui pèsent dans le calendrier. Il est donc essentiel de s’entendre pour prendre des décisions qui conviennent à tout le monde. J’ai rencontré récemment le nouveau président de l’ITF ainsi que la présidente de la WTA. J’ai la chance de bien les connaître. Et bien que nous ayons des agendas chargés et différents, je crois que là aussi il y a une volonté d’aller dans le sens du dialogue et du compromis.

Vous êtes anglais or on sait qu’il y a parfois un fossé culturel entre les Anglo-saxons et les Latins. Est-ce que ça peut poser problème?

Il faut être conscient des différences. Je sais que ce qu’on peut faire en Angleterre n’est pas forcément transposable en Amérique du Sud ou en Australie. Chaque évènement doit être adapté à son environnement. C’est pareil avec les joueurs. Même si je pense que pour eux, les différences liées au classement posent davantage de problèmes que les différences culturelles. Lorsqu’on évoque le point de vue d’un joueur, il faut savoir si on parle d’un Top 10, d’un Top 50 ou d’un Top 100 car ce n’est pas du tout la même chose.

Quelle est votre personnalité?

Je dirais que j’ai appris au cours de ces dernières années à mettre de l’eau dans mon vin. Mon job exige de l’engagement, une capacité à écouter, comprendre et expliquer. Surtout lorsque les choses ne sont pas exactement comme vos interlocuteurs le souhaitent.

Plusieurs joueurs ont manifesté leur souhaite de voir davantage de contrôles anti-dopage dans le tennis. Qu’en est-il sur ce front?

C’est un sujet de la plus haute importance. Surtout quand on voit ce qui s’est passé dans le cyclisme avec Armstrong et maintenant dans l’athlétisme. L’intégrité d’un sport est quelque chose de primordial. A partir du moment où un sport n’est plus crédible, c’est le début de la fin. Pendant longtemps, l’ATP réalisait elle-même son programme antidopage. Ce qui était fortement critiqué, pour des raisons évidentes. Désormais nous avons un programme sous-traité par un organisme dirigé par l’ITF et régi par le code mondial de l’AMA. C’est un programme d’une grande rigueur. Devons-nous sans cesse l’améliorer? La réponse est oui. Nous avons davantage de tests hors compétitions. On entend souvent dire qu'il faudrait plus de tests. Mais Lance Armstrong était probablement l’athlète le plus testé au monde et ça ne l’a pas empêché de passer entre les gouttes pendant longtemps. C’est une question de bon sens. Certes, il faut des moyens pour lutter mais ce n’est pas qu’une question d’argent. Les tests hors compétition sont très importants. Le passeport biologique est aussi un atout indispensable. Mais c’est clairement un domaine sur lequel nous devons mettre l’accent et nous remettre sans cesse en question.

Nombreux sont ceux qui craignent le départ à la retraite de Federer...

Lorsqu’on a une telle icône et qu’on la perd, c’est forcément une grande perte. Pas seulement pour le tennis mais pour le sport en général. Mais nous avons les autres, Rafa Nadal, Novak Djokovic, Stan Wawrinka, Andy Murray, Nishikori. Certes, la retraite de Federer aura un impact – mais ce n’est pas pour tout de suite visiblement – et nous devons en tant qu’ATP être prêt à promouvoir la génération suivante. Mais nous avons un tel vivier chez les hommes que le tennis masculin a de très belles années devant lui. Je ne suis pas inquiet.

 

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