C’est l’une de ces formules toutes faites que les athlètes apprennent par cœur et sortent à tout bout de champ. Mais mardi soir à Bâle, quand Stan Wawrinka lança au public des Swiss Indoors que c’était «pour des moments comme ça qu'[il] continuait de s’entraîner», il fallait le croire. Les larmes qui montaient et la gorge qui se nouait venaient, si besoin, appuyer le propos.

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«Un moment comme ça», pour les spectateurs présents dans la Halle Saint-Jacques, c’était une soirée rare, chargée d’une énergie particulière, dont tous se souviendront. «Je n’avais jamais ressenti ça ici, ça dépasse tout ce que j’ai connu. C’était très surprenant et touchant, expliqua Stan Wawrinka en conférence de presse. Avec les adieux de Roger et la victoire de Dominic Stricker, je pense que le public a pris conscience qu’une génération s’en allait.» Pour que la communion soit parfaite, il y avait dans la loge ses parents, sa sœur, mais aussi son ex-épouse Ilham et leur fille Alexia, rarement présentes.

Il y avait aussi Magnus Norman, son ex-entraîneur qui va le redevenir. «J’ai arrêté avec Dani Vallverdu après l’US Open, a confirmé Stan Wawrinka. Magnus Norman est celui qui me connaît le mieux et qui m’apporte le plus. Il faut encore voir comment nous allons organiser notre collaboration mais nous avons une histoire à terminer ensemble.»

Le feu sous la halle

Ce n’est pas non plus complètement par hasard si le public s’est emballé, emporté, embrasé un soir où Wawrinka jouait le feu comme à ses plus belles heures, sauvage et appliqué à la fois, capable sur un coup de raquette de laisser l’adversaire à trois mètres de la balle. Lorsqu’il joue ainsi, il électrise les foules comme un ou deux joueurs seulement par génération. Hier soir à Bâle, le Vaudois a réussi ce après quoi il courait depuis son retour fin mars à Marbella. Un grand match contre un grand adversaire, le numéro 3 mondial Casper Ruud, dans un grand tournoi, «le troisième ou quatrième plus grand tournoi en salle au monde», selon son organisateur Roger Brennwald.

Ce n’est pas le premier succès de prestige du Vaudois cette saison, pourtant bien morne (six victoires et douze défaites avant ce premier tour). A Metz, le 27 septembre, il avait dominé le Russe Daniil Medvedev en trois sets accrochés. Sa victoire sur Casper Ruud est toutefois supérieure parce qu’elle fut totale. Intraitable sur son service, il sut se montrer patient en retour et agressif aux bons moments. «Je me dois d’être rigoureux et discipliné dans tout ce que je peux maîtriser, expliqua-t-il. Lorsque je sens que je commence à faire quelques fautes, je raccourcis tout de suite le terrain [jouer plus à l’intérieur du court, ndlr], ce n’est pas à moi de donner des points.»

Etre capable d’enchaîner

Casper Ruud, qui présente désormais l’étonnante particularité de n’avoir jamais gagné un match à Bâle (deux défaites au premier tour) alors qu’il n’en a jamais perdu à Genève (deux titres) et à Gstaad (deux titres), n’était pas trop déçu après son élimination. Beau joueur, le Norvégien se réjouissait presque d’avoir affronté le meilleur Wawrinka de ces dernières années. «Je ne suis pas surpris parce que je l’en savais capable, mais je ne crois pas qu’il ait déjà aussi bien joué depuis son retour», estimait le finaliste du dernier US Open.

Stan Wawrinka n’a pas vraiment répondu à la question de savoir s’il s’agissait de sa meilleure performance depuis son opération. «Le niveau est très haut», convenait-il. Il laissait planer comme un «mais» muet derrière. Parce que réussir un exploit sans lendemain n’est pas ce à quoi il aspire, dirions-nous, s’il fallait remplir les silences. «Je reviens d’une galère physique extrême, rappelle-t-il. Je suis encore en recherche de confiance et je ne sais pas si je pourrai reproduire ce niveau de jeu dans deux jours.»

Jeudi, il affrontera l’Américain Brandon Nakashima, un jeune joueur très prometteur. «Il y en a beaucoup dans ce tableau», s’amusa-t-il en quittant la salle.