Ce Tour de France qu’on disait asphyxié par sa propre démesure, au bord du trépas à force de fabriquer des dopés, se porte bien en cet an de grâce 2009. Des dizaines de millions d’euros de profit – la société du Tour préfère s’acquitter d’une amende que de publier ses chiffres – et zéro cas positif, c’est bingo total!

Certes, on déclassera peut-être untel au mois de septembre parce que son sang était trouble. Mais comme dit le patron du Tour Christian Prudhomme, «ce ne serait pas un drame». Parce que les chiens auront beau aboyer, la caravane aura passé depuis longtemps, avec son cortège de bénéfices. Or, si les questions éthiques sont loin d’être réglées, il s’avère que d’un point de vue économique, tous les voyants sont au vert.

Une belle marge de progression

Certains sponsors ont certes quitté le navire, mais on ne met jamais longtemps à dégotter leurs successeurs. Parce que le Tour attise toujours les passions. La foule coagulée au bord des routes cette année est estimée à 12 ou 15 millions de personnes selon les sources. Rayon cathodique aussi, la courbe, déclinante ces dernières années, opère un retour au beau fixe. Tandis que la chronique hurlait à l’ennui au cours d’une deuxième semaine longue comme un jour sans pain, les sofas affichaient complets. Sur les dix-huit premières étapes du Tour, France Télévisions a rassemblé en moyenne 3,7 millions de téléspectateurs, pour une part d’audience de 38,1%.

Tout va d’autant mieux que l’internationalisation du peloton coïncide avec de juteuses affaires sur le marché des droits TV – l’édition 2009 a été diffusée dans 186 pays. Du coup, on se bouscule au portillon pour associer son nom à l’événement, que cela soit en tant que partenaire officiel, sponsor d’équipe ou ville étape. Concernant l’obtention d’un départ et/ou d’une arrivée, Christian Prudhomme affirme recevoir, bon an mal an, quelque 240 candidatures. «Certaines localités se profilent déjà pour 2013, année des élections municipales», sourit le directeur du Tour.

Pour le grand départ de l’épreuve, qui rassemble les 4500 membres de la caravane et les caméras du monde entier pendant plusieurs jours, on joue aussi des coudes. Rotterdam a décroché la timbale pour 2010 et les contrats sont déjà signés pour les trois éditions suivantes. Pour la suite, New York, Tokyo, le Québec, le Qatar ou Budapest par exemple, se sont déjà signalés.

Le bébé possède encore une belle marge de progression. Il s’apprête à explorer des terrains inconnus. L’an prochain rimera, en France, avec la libéralisation – enfin… – des paris en ligne. Il va sans dire que le propriétaire du Tour, le groupe Amaury Sport Organisation, planche déjà sur un site spécialisé.

Et les coureurs, dans tout ça? On ne les oublie pas complètement. D’après l’étude qu’elle a commandée au cabinet Ernst & Young, l’Union cycliste internationale a indiqué juste avant le départ de Monaco que le salaire annuel moyen des cyclistes professionnels était passé de 70 000 euros en 2002 à 136 000 cette année. Il y a tout de même une justice.