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Un surf au goût de chlore: la vogue des vagues artificielles

Plusieurs projets de vagues artificielles en France, en Espagne, au Portugal, en Allemagne et même en Valais promettent de bouleverser la pratique du surf et provoquer des remous dans ce milieu épris de liberté et de nature. La société suisse Alaïa ambitionne la construction d’un bassin à Sierre à l’horizon 2019

Un surfeur allongé sur sa planche à l’eau guette derrière lui l’arrivée de la vague qui lui permettra de jouer avec les éléments. Traditionnellement, une telle scène s’observe les pieds dans le sable, là où les océans s’échouent sur les plages du monde. Depuis peu, c’est en bassin d’eau douce que les corps habillés de Néoprène s’exhibent au Pays de Galles grâce à la société espagnole Wavegarden. Cette dernière a mis au point une technologie hydrodynamique capable de produire deux vagues simultanées d’environ 1m50 de part et d’autre d’un ponton situé au centre du bassin d’une longueur de 300 mètres et d’une profondeur moyenne d’un mètre. Le fond imite les bancs de sable ou les récifs.

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En décembre 2015, l’Américain Kelly Slater, surfeur le plus titré au monde, a dévoilé un projet similaire sur lequel il travaille depuis plus de dix ans. Il a convié, fin avril dernier, quelques-uns des meilleurs surfeurs actuels à tester son rouleau, visiblement ravis, sur les vidéos qui ont envahi les réseaux sociaux.

Dans le sillage de ces premières infrastructures, les projets fleurissent dans divers pays d’Europe, et même en Valais. La société Alaïa ambitionne en effet la construction d’un bassin à Sierre à l’horizon 2019.

L’océan à portée de tous

Mais quel intérêt à vouloir recréer ce que la nature offre de plus puissant? «L’objectif de ce type de bassin est d’offrir à tout le monde la possibilité de faire du surf sur des vagues similaires à celles offertes par l’océan, explique Romain Magnin, l’un des trois cofondateurs d’Alaïa. C’est particulièrement intéressant pour un pays comme la Suisse qui n’y a pas accès.» Jusqu’ici majoritairement pratiqué par une classe moyenne supérieure qui peut se permettre de voyager pour aller surfer les déferlantes de la planète, ce sport ainsi délocalisé pourrait donc se démocratiser. «Les vagues artificielles permettent au néophyte de découvrir le surf, mais elles donnent aussi la possibilité à un surfeur intermédiaire ou avancé de progresser, de travailler sur des mouvements précis», complète Adam Bonvin, l’un des compères d’Alaïa, parti en mai dernier tester le bassin de Dolgarrog au Pays de Galles.

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La technologie Wavegarden propose une vague qui baisse au fur et à mesure de son avancée dans le bassin. Les surfeurs chevronnés la prennent lorsqu’elle se forme au «peak», les moins avancés s’élancent plus en aval lorsque sa taille est plus adaptée à leur niveau. Quant aux débutants, ils s’entraînent dans la «mousse», soit l’écume qui s’échoue près du rivage. Ce type d’infrastructure propose des conditions stables, sans mauvaises surprises, le tout dans un encadrement sécurisé propice à l’apprentissage. «Un peu comme une salle de gym», ironise Greg Williams, cofondateur de l’Association romande de surf, parti lui aussi au printemps expérimenter les rouleaux gallois.

Ainsi, la technologie lisse les incertitudes propres à l’océan. En milieu naturel, les ondes se suivent mais ne se ressemblent jamais tout à fait. La marée, le vent, le courant sont autant de facteurs qui les modifient en temps réel. «Avec ce type d’infrastructure, les vagues sont assurées, quelles que soient les conditions météorologiques», relève Greg Williams. Car l’océan peut parfois se montrer capricieux, parfois au calme plat, ou au contraire se démonter, forçant les surfeurs à rester à terre. Si le projet valaisan s’adresse aux pratiquants suisses, les bassins intéressent tout autant les amateurs de glisse proches des spots de surf. «C’est clair que ces vagues artificielles sont intéressantes quand les conditions ne sont pas bonnes, comme cet hiver. Là, on est sûr d’avoir quelque chose de régulier qui roule tout le temps, où on peut se faire plaisir», confie Guillaume Delhoume, surfeur assidu du Sud Ouest résidant à Bordeaux.

Esprit du surf es-tu là?

Le développement des vagues artificielles est emblématique du processus de «sportivisation» progressive du surf, inévitablement lié à l’augmentation de la consommation de cette pratique à l’image «fun». Mais l’émergence de ces bassins questionne l’essence même du surf. Etre surfeur, c’est avant tout un mode de vie qui façonne le rapport aux autres, à la nature et aux éléments. Pour beaucoup, surfer est une pratique libre, hors de toute contrainte hormis celle de la qualité des ondes. Qu’en reste-t-il dans ces conditions artificielles? Anne-Sophie Sayeux, sociologue française auteure de «Surfeurs, l’être au monde», relève que l’apprentissage du surf touche à trois dimensions: la lecture de la vague, la maîtrise des gestes et l’assimilation des codes et des valeurs. Si les bassins du type Wavegarden permettent effectivement d’entraîner les deux premiers critères, Greg Williams reconnaît qu’une personne s’étant initiée au surf dans ces conditions privilégiées aura tout de même l’impression de découvrir «un autre sport» lorsqu’elle se jettera à l’assaut des déferlantes naturelles. «On ne remplacera jamais l’océan», précise-t-il, là où s’apprennent précisément les règles de priorités, les manières de se comporter vis-à-vis des autres et la connaissance de l’élément naturel. Le surf en eau salée gardera donc toujours sa saveur.


 

«La Vague» déferle sur Vevey

Du 30 juillet au 20 août, la place et les jardins du Rivage de Vevey auront des airs de plage californienne. En raison du succès rencontré l’année dernière, «La Vague» prendra ses quartiers pour la deuxième année consécutive. Une vague artificielle, mais bien différente des bassins du type Wavegarden. Ici, une structure arrondie offre une surface de glisse de 36 m2 et c’est la résistance de l’eau propulsée à environ 35 km/h qui permet de surfer sur une petite planche, debout ou couché (bodyboard). Du surf au bord du Léman? Oui, mais pas tout à fait. «Avec cette installation, on se rapproche beaucoup du skateboard ou du snowboard, indique Valérie Atkinson, cofondatrice de l’association BTC qui organise l’événement. L’idée est aussi de donner envie aux Suisses de se mettre au surf.» Expérience faite, les points d’appui et l’équilibre ressemblent plus au snowboard qu’au surf. En marge de «La Vague», la manifestation propose également aux curieux de découvrir d’autres activités sportives pour profiter de l’été: paddle, slackline, roller, skateboard, yoga et bien d’autres.

Infos et horaires: www.lavaguevevey.ch

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