Dans la famille des épreuves cyclistes, le Tour de France est incontestablement la plus suivie, la plus populaire, la plus prestigieuse. Mais les coureurs, eux, ont un petit faible pour sa cousine italienne. Le Giro, son tracé montagneux et son incertitude endémique ravivent chaque printemps la passion des romantiques. Et sa 104e édition, qui débute samedi à Turin, promet de faire battre le cœur de Sébastien Reichenbach encore un peu plus fort que d’habitude.

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Les neuf étapes de montagne et les 47 000 mètres de dénivelé du parcours ont de quoi exciter le grimpeur valaisan, mais il y a autre chose. Pour la première fois de sa carrière, à 31 ans, il aborde un grand tour avec la totale liberté de jouer sa carte personnelle. Parce que sans un véritable leader à défendre au sein de l’équipe Groupama-FDJ.

L’obsession de lever les bras

Le forfait de Thibaut Pinot a été annoncé deux semaines avant le départ. Affaibli par des douleurs au dos, mis à mal sur un Tour des Alpes à valeur de test, l’homme a renoncé à son grand objectif de la saison parce qu’il «souffrirait inutilement» et «serait incapable d’aider l’équipe».

Jusqu’ici, à chaque fois que Sébastien Reichenbach avait été aligné sur le Tour de France (trois fois) ou d’Italie (deux fois) par l’équipe française, c’était pour servir de lieutenant au Franc-Comtois. Sans lui? «Cela change énormément de choses», reconnaît le natif de Martigny. Surtout dans la manière d’appréhender les trois semaines qui s’annoncent. «Le leader fonctionne comme un mentor pour l’équipe, continue-t-il. Il tire tout le monde vers le haut, dans le sens où chacun doit travailler pour qu’il n’égare pas la moindre seconde. Tous les coureurs sont concernés par l’enjeu en permanence.»

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Là, Rudy Molard entend figurer le mieux possible au classement général, mais ce ne sera pas pareil, il ne jouera vraisemblablement pas la gagne comme peut le faire Thibaut Pinot. Et il n’y a pas non plus, au sein de Groupama-FDJ, un sprinteur à placer lors des arrivées groupées. Alors un certain nombre d’étapes seront traversées sans objectif particulier. «D’un côté, cela enlève un peu de pression, reconnaît Sébastien Reichenbach. De l’autre, il faudra réussir à s’économiser dans ces moments-là pour frapper fort ailleurs. Car si nous n’avons pas de leader, il est inconcevable que nous terminions ce Giro sans lever les bras…»

Occasions à saisir

En temps normal, le Valaisan grille beaucoup d’énergie en accompagnant Thibaut Pinot en montagne. Sans lui, il sera libre de tenter des coups. «Je vais clairement viser les belles étapes de montagne et essayer d’aller chercher ces victoires qui manquent encore à ma carrière.»

Ses coéquipiers savent aussi que c’est l’occasion où jamais de montrer ce qu’ils ont dans les jambes, dans les tripes, pourquoi pas de prétendre à un nouveau statut. Ils seront encouragés par une direction qui assume une vision un peu «à l’ancienne», où le coup d’éclat et le panache valent mieux qu’une place d’honneur acquise à la sécurité. Sur un Tour d’Italie qui ne manque jamais de folie, il ne faudra pas compter sur Sébastien Reichenbach et ses potes pour rester sages.