Football

Comment Unai Emery a fait marquer le PSG

Mardi soir, Paris a marqué quatre buts au FC Barcelone, dont trois portent la marque du nouvel entraîneur du PSG. Décryptage

Il y a toujours une part de réussite dans une grande performance sportive. Pour mettre 4-0 au FC Barcelone, le Paris Saint-Germain a su provoquer sa chance. Unai Emery avait certainement parfaitement préparé ce huitième de finale aller de Ligue des champions, mais l’entraîneur parisien n’avait sans doute pas prévu que le mur catalan se désagrégerait sur le coup franc d’Angel Di Maria (18e) ni que le talon droit de Kevin Trapp ne dévie juste ce qu’il faut la frappe d’André Gomes (27e), alors que le score n’était encore que de 1-0.

Par le passé, le PSG de Laurent Blanc a déjà fait jeu égal avec le Barça mais a parfois raté des montagnes et s’est souvent fait cueillir par une accélération de la MSN, l’attaque Messi-Suarez-Neymar. Ce 4-0 du Parc des Princes, qui estomaque l’Europe et estoque quasiment Barcelone avant le match retour (mercredi 8 mars), porte bien la patte du nouvel entraîneur parisien Unai Emery. Depuis son arrivée l’été passé, le Basque s’est efforcé de modifier en profondeur le jeu parisien. Mardi soir, chacun de ses chantiers s’est concrétisé par un but.

2-0, Draxler: le mouvement

Emery reprochait au PSG de Laurent Blanc d’être trop statique, de privilégier exagérément le jeu de position pour obtenir la possession. Lui souhaite que ses milieux de terrain défendent plus haut, courent davantage vers l’avant et, selon son expression fétiche, «regardent vers le but». Au départ de l’action, Adrien Rabiot harcèle Lionel Messi dans le rond central et récupère la balle, qu’il transmet rapidement à Marco Verratti. Le petit Italien avance jusqu’à 25 mètres des buts sans être attaqué parce que le pressing de Rabiot a mis le Barça sur le reculoir et parce que les Parisiens attaquent à cinq contre six.

Verratti peut servir Edinson Cavani dans l’axe, Angel Di Maria à gauche ou Julian Draxler à droite. Il est rare qu’une équipe française ait autant d’options en attaque. La défense catalane ne peut pas anticiper et le gardien Andre Ter Stegen semble avoir un temps de retard lorsque Verratti choisit de servir Draxler. Les deux ailiers parisiens Draxler et Di Maria ont échangé leurs positions, une autre demande d’Unai Emery.

3-0, Di Maria: le management

Cette fois, Angel Di Maria est revenu sur son côté droit. Servi par le latéral gauche Layvin Kurzawa, qui a lui-même permuté avec Blaise Matuidi pour remonter le ballon jusqu’au cœur du camp barcelonais, l’Argentin marque son second but d’une frappe brossée, sans élan. La marque d’un joueur en confiance. Di Maria était pourtant jusqu’ici l’ombre du grand joueur qu’il fut au Real Madrid. Fin psychologue, sachant manier la carotte (confiance maintenue) et le bâton (arrivées cet hiver de Draxler et Gonçalo Guedes, deux concurrents directs), Emery parvient à faire progresser ses joueurs – sa marque de fabrique à Séville – en leur demandant d’être moins «fonctionnaires».

Son management de Presnel Kimpembe, titularisé pour la première fois en Ligue des champions en remplacement du capitaine Thiago Silva, blessé, fut remarquable. Le jeune Parisien n’hésita pas à contester le ballon dans les pieds de Messi, quand tant de grands défenseurs européens se contentent de le regarder jouer. Ainsi, il est à relever que le défenseur français du Barça Samuel Umtiti, trop attentiste face à Di Maria, commet la même erreur qu’en finale de l’Euro face au buteur portugais Eder.

4-0, Cavani: la contre-attaque

En novembre dernier, dans une intéressante interview au quotidien espagnol «El País», Unai Emery expliquait vouloir que le PSG joue davantage en contre. «Cette équipe ne faisait jamais une contre-attaque. Et pourquoi? Au début, quand je leur parlais de cela, ils pensaient que je voulais jouer en contre. Alors que ce n’est pas le cas. […] C’est juste que quand tu as la possibilité, fais-le!» Message reçu par le latéral belge Thomas Meunier, qui efface Neymar d’un double contact, sème Andres Iniesta et Sergio Busquet au bout du rouleau et sert parfaitement Cavani. Fidèle à sa légende (une touche je marque, deux touches je rate), «El Matador» frappe sans contrôle et transforme la victoire en triomphe.

Meunier est la seule recrue estivale titularisée contre Barcelone. La campagne de recrutement voulue par Emery est globalement un échec. Si Hatem Ben Arfa (qui n’est pas entré en jeu) était un souhait du président Nasser Al-Khelaïfi, le milieu de terrain polonais Grzegorz Krychowiak ne figure plus dans le groupe et l’attaquant espagnol Jesé est déjà reparti à Las Palmas, alors que la concurrence instaurée entre Kevin Trapp et Alphonse Areola a fragilisé les deux gardiens. Tout ceci pour rappeler qu’Unai Emery n’a pas fait tout juste depuis son arrivée à Paris. Mais au moins a-t-il désormais la paix pour travailler.

Publicité