Rugby

Une Afrique du Sud black-blanc-bokke

Les Sud-Africains ont fait plier l’Angleterre en finale de la Coupe du monde (32-12). Avec un capitaine noir, une équipe multiethnique mais le même jeu physique, austère et brutal qui les distingue depuis que le monde est ovale

L’adage qui prétend qu’«une finale, ça ne se joue pas, ça se gagne» (et qui est démenti dans 50% des cas) doit être originaire d’Afrique du Sud. Samedi 2 novembre, à Yokohama, au Japon, les Sud-Africains ont surclassé l’Angleterre (32-12) et remporté leur troisième Coupe du monde de rugby en autant de finales, égalant ainsi le record de la Nouvelle-Zélande. Les Springboks avaient déjà été sacrés en 1995 à domicile et en 2007 en France. Tous les douze ans, l’Afrique du Sud gagne.

En apparence donc, rien ne change. Et pourtant. En 1995, l’Afrique du Sud, qui participait pour la première fois (elle était boycottée en 1987 et 1991 en raison du régime d’apartheid, tombé en 1994), n’alignait qu’un seul joueur noir, Chester Williams. En 2007, ils n’étaient que deux sur le terrain, Bryan Habana et Akona Ndungane. Tous jouaient ailiers, un poste secondaire – car «de fin d’action» – qui valorise des qualités (vitesse de course, spontanéité, prise de risque) propres à renforcer les stéréotypes. A consulter les compositions d’équipe, c’était à croire que les Sud-Africains s’appellent tous Botha, du Plessis ou du Preez, quand bien même 10% seulement de «la nation arc-en-ciel» est afrikaner.