Alpinisme

Une ambassadrice des cimes pour Terre des hommes

Avec huit 8000 à son actif, l’himalayiste Sophie Lavaud s’engage auprès de l’ONG. Sa mission débutera au printemps alors qu’elle lancera une expédition à l’Annapurna

Si Sophie Lavaud tient une conférence de presse dans les locaux de Terre des hommes à Lausanne, ce n’est pas pour parler d’elle. «On a beaucoup évoqué Sophie Lavaud ces derniers temps, non?» glisse la nouvelle ambassadrice de l’ONG. Elle n’a pas tort. Mais il faut avouer qu’il y a une bonne raison à cela.

Depuis qu’elle a attrapé le virus des 8000 (ces montagnes qui culminent à plus de 8000 mètres) en 2014, l’alpiniste n’en guérit pas. Ces sommets en Himalaya sont son obsession. Voilà donc quatre ans qu’elle remue ciel et terre pour mieux se rapprocher du ciel justement. Et force est de constater qu’elle y parvient bien. Son rythme est même sidérant, car elle comptabilise en moyenne deux 8000 par an. Aujourd’hui, si on lui a attribué le surnom «Lady 64 000», c’est parce qu’elle a désormais gravi huit des quatorze 8000 de la planète.

Le dernier, le K2, deuxième plus haut du monde avec ses 8611 mètres, lui a enfin cédé cet été, après deux ans de convoitise. Sophie Lavaud est Franco-Suisse, mais pour ce sommet, elle est la première Suissesse à avoir foulé sa cime à cheval entre la Chine et le Pakistan.

Des valeurs partagées

Sophie Lavaud est une battante. Pour Terre des hommes, elle incarne parfaitement les valeurs prônées par l’association. Ambition, courage, respect et engagement. L’alpiniste avait déjà collaboré avec Norlha, l’association suisse active au Népal qui a été contrainte de cesser ses activités en 2017 pour des raisons économiques et c’est grâce à cette expérience que son nom est parvenu à l’oreille de Terre des hommes. «Nous avons été sensibles à son message qui insiste sur le fait que sa victoire au sommet est avant tout celle d’une équipe», souligne Vito Angelillo, le directeur général de l’organisation humanitaire.

Bien que gravir des sommets en Himalaya nécessite une somme d’argent importante, l’ONG ne subventionnera pas les expéditions de l’alpiniste. «C’est du bénévolat», sourit la montagnarde. «Avoir Sophie comme ambassadrice nous permet de communiquer au sujet de nos activités. Elle a l’avantage d’être sur le terrain. Sa pratique la mène à traverser des lieux reculés, ce qui fait d’elle un excellent témoin», précise Vito Angellilo.

L’Annapurna au printemps

Engagée dans la formation des sherpas au Népal, Sophie Lavaud ira à Katmandou en janvier déjà. Puis elle tentera l’assaut de l’Annapurna (8091 mètres) par la voie des Français. Avec Terre des hommes, elle ira ensuite dans la région de Teraï, à Bardiya, une zone régulièrement frappée par des inondations lors de la mousson.

Le tourisme, et l’alpinisme en particulier, demeure une des principales sources de revenu du Népal. «Le tremblement de terre en 2015 a eu un gros impact sur le pays, relève Sophie Lavaud car, pendant deux ans, plus personne n’osait venir. Bien sûr, il y a eu une très forte mobilisation d’ONG en tout genre, mais le résultat demeure très décevant sur le terrain.»

Pendant le séisme, Sophie Lavaud grimpait sur les pentes du Makalu (8481 mètres). «Nous avons eu beaucoup de chance. Mais nous avons interrompu l’expédition. Ma première préoccupation était de savoir comment allaient les familles des sherpas», explique-t-elle. L’alpiniste a alors abandonné piolets et crampons pour venir en aide aux populations. «En partant du Népal, j’ai eu l’impression de quitter le navire.»

Un rêve plus qu’un objectif

Sophie Lavaud se présente comme «Me Tout-le-Monde qui réalise ses rêves». Jusqu’à la crise de 2008, elle était active dans l’hôtellerie de luxe. Depuis, quand elle ne grimpe pas, elle cherche des sponsors pour sa prochaine ascension. «Grâce à la crise économique, je vis de ma passion.» Avec Terre des Hommes, elle pourra assouvir son envie de partage. «Pour moi, associer une expédition à une cause est plus sensé», précise-t-elle.

Pour cette Mme Tout-le-Monde particulière quand même, gravir les quatorze 8000 est pour l’heure un rêve, pas un objectif. «Tant que j’ai la forme, le soutien financier et le plaisir, je continuerai.» En fin de compte, on a tout de même parlé de Sophie Lavaud à la conférence de presse de Terre des hommes.

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