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Une année après, Kylian Mbappé vaut plus que le prix de son transfert

Le 31 août 2017, le Paris Saint-Germain arrachait le petit prodige à l’AS Monaco pour 180 millions d’euros. Déraisonnable? Il faudrait aujourd’hui débourser davantage pour s’offrir un jeune homme devenu champion du monde et icône du PSG

La nouvelle était dans l’air depuis quelques jours. Elle est devenue officielle le 31 août 2017 à 19h31. «Le Paris Saint-Germain est heureux d’annoncer la signature de Kylian Mbappé!» Un simple tweet, et la planète football s’arrête de tourner pour encaisser l’information, et mesurer ses implications. Moins d’un mois après avoir dépensé 222 millions d’euros pour s’offrir Neymar, le club en mains qataries en investit 180 supplémentaires pour s’attacher les services d’un gamin de 18 ans qui n’a derrière lui qu’une saison et demie de football professionnel.

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Le pari paraît complètement déraisonnable. Douze mois plus tard, il s’est révélé gagnant. Kylian Mbappé n’est plus un espoir (très) prometteur mais un champion du monde, un candidat au Ballon d’or et la figure iconique d’un PSG qui se rêve en grand d’Europe. Au moment du transfert, en réalité un prêt d’une année assorti d’une clause d’achat obligatoire, les calculs scientifiques de l’Observatoire du football (basé à Neuchâtel) évaluent sa valeur sur le marché à 100 millions d’euros. Aujourd’hui, elle a grimpé à un peu plus de 190 millions d’euros. Avec le recul, le PSG a donc manifestement réalisé une bonne affaire.

Elle aurait pu ne jamais être conclue. Le Real Madrid a longtemps semblé en avance sur le dossier. Le président Florentino Pérez s’est déplacé en personne pour voir jouer le petit prodige en Ligue des champions avec l’AS Monaco. L’entraîneur Zinédine Zidane l’a appelé pour lui présenter son projet. Plusieurs histoires circulent pour expliquer pourquoi le transfert ne s’est pas concrétisé. Les négociations menées en premier lieu avec l’AS Monaco plutôt qu’avec l’entourage du jeune joueur. Le refus de Zidane de lui garantir du temps de jeu. Les réticences du club à lui offrir un salaire à faire pâlir de jalousie la moitié du vestiaire.

Il marque les esprits en Russie

Toujours est-il que le PSG a fini par prendre la main. Il faut dire que Kylian Mbappé est originaire de Bondy, en banlieue parisienne, et que la perspective de revenir «à la maison» l’enchantait. D’abord très réticent à l’idée de renforcer un concurrent direct en lui transférant la dernière – et plus belle – pépite issue de son centre de formation, l’AS Monaco a fini par céder devant la démonstration de la puissance financière du club dirigé par Nasser al-Khelaïfi.

180 millions d’euros. C’est bien sûr moins que les 222 payés pour libérer Neymar de son contrat à Barcelone. Mais c’est presque le double de ce qu’avait déboursé le Real Madrid pour faire de Cristiano Ronaldo, alors à Manchester United et déjà lauréat d’un Ballon d’or, le joueur le plus cher du monde en 2010. Or il est ici question d’un footballeur de 18 ans qui n’a que peu de vécu dans le monde professionnel. Ses dix-huit mois avec la première équipe monégasque ont certes été auréolés d’un titre de champion de France (auquel il a bien contribué avec 15 buts) et émaillés de plusieurs records personnels de précocité, mais quand même: le montant heurte.

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Un an plus tard, le grand public ne se demande plus si le prix de son transfert était justifié. Le jeune homme le doit en grande partie à une Coupe du monde pendant laquelle il a été titulaire (six fois), décisif (quatre buts) et particulièrement étincelant lors du huitième de finale mémorable contre l’Argentine (4-3), signant un doublé et provoquant un penalty. Il a fini de marquer les esprits en inscrivant la dernière des quatre réussites françaises en finale contre la Croatie (4-2).

Passage de témoin au Roudourou

En Russie, Kylian Mbappé s’est imposé comme une individualité redoutée mobilisant plusieurs adversaires, alors que Thierry Henry, auquel il est souvent comparé, n’avait plus été titulaire à partir des quarts et n’avait pas joué la finale de la Coupe du monde 1998 pour le premier sacre des Bleus. Avec ses performances en équipe de France, l’attaquant a changé de dimension et de statut aux yeux des fans de football.

Cela s’est ressenti dès son retour aux affaires courantes avec le Paris Saint-Germain. Entré en deuxième mi-temps contre Guingamp au Roudourou, le stade où Neymar avait fait ses débuts une année auparavant, Kylian Mbappé s’est fait l’auteur d’un doublé et a reçu les acclamations du public breton. Un mois après être arrivé au PSG en prêtant allégeance à son illustre coéquipier, le jeune homme est en train de lui voler la vedette. En attendant de le priver du Ballon d’or, qu’il déclarait il y a douze mois vouloir l’aider à gagner?

«Il va certainement évoluer au niveau d’un Messi ou d’un Ronaldo, validait récemment Olivier Dall’Oglio, entraîneur de Dijon, lors d’une interview accordée au Temps. Il va très vite, possède du sang-froid et une très bonne technique. Et c’est quelqu’un que je trouve très mûr pour son âge, compte tenu de toutes les sollicitations dont il fait l’objet. Mais il y a une évolution et elle n’est pas finie.»

Muscler le jeu collectif

Lors de sa première saison au Paris Saint-Germain, Kylian Mbappé a ainsi éprouvé quelques difficultés à sortir de l’ombre de ses coéquipiers. Il n’aura été que le treizième meilleur buteur de Ligue 1 avec 13 buts, derrière ses compères Edinson Cavani (28) et Neymar (20), qui a pourtant beaucoup moins joué que lui (20 matches contre 27). Florian Thauvin (Olympique de Marseille) n’a pratiquement pas mis le pied sur le terrain lors de la Coupe du monde mais en championnat de France, il a aussi été plus décisif (22 buts).

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Bien sûr, il y a chez Kylian Mbappé une rapidité hors norme. Flashé à 39 kilomètres à l’heure sur une accélération contre l’Argentine à la Coupe du monde, il aurait davantage de chances de devenir Usain Bolt qu’Usain Bolt de devenir Kylian Mbappé (même si le Jamaïcain s’entête dans son projet de reconversion professionnelle balle au pied en Australie). Il y a aussi ses coups d’éclat balle au pied. Mais il doit encore muscler son jeu collectif et son engagement tactique, avertissent certains spécialistes. «Le risque est que dans ce football qui, plus que jamais auparavant, valorise l’impact et place l’image au-dessus de tout le reste, il se satisfasse de produire des actions plutôt que de jouer», écrit l’ancien joueur et entraîneur argentin Jorge Valdano dans une chronique (par ailleurs très élogieuse) publiée par le Guardian.

Dans un même numéro de France Football, l’ancien attaquant Lilian Laslandes pointe ses lacunes dans le jeu de tête et Bernard Lacombe les progrès à réaliser dans le rôle de finisseur. Ces réserves permettent de relativiser un peu les insistantes comparaisons entre le petit prince de Bondy et le roi Pelé, les deux seuls footballeurs à ce jour à avoir marqué en finale d’une Coupe du monde avant de souffler leurs vingt bougies. Mais elles ne suffiront pas à faire regretter au Paris Saint-Germain les 180 millions d’euros investis pour s’attacher ses services voilà exactement une année.

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