Noir, c'est la couleur de Lewis Hamilton, pilote britannique âgé de 21 ans. Vert, c'est la couleur des dollars qui régentent la Formule 1 de l'indéboulonnable sieur Bernie Ecclestone. Le rapport entre les deux? Simple: le premier va sans doute faire couler les seconds à flots, sur et autour des circuits lors de la saison 2007.

Venu de F3 puis de GP2, Lewis Carl Hamilton - ainsi prénommé par ses géniteurs en hommage à l'athlète américain au patronyme inversé - représente à lui seul un événement considérable: l'entrée, dans le microcosme hyperclos de la F1, du premier pilote «black». L'ultime bastion sportif réservé aux Blancs a ainsi sauté, à l'instar du tennis puis du golf.

Réamorcer la pompe à fric

De surcroît, Hamilton a été recruté, voici quelques jours, par la grosse écurie McLaren-Mercedes, en tant que «seconde main» derrière le double champion du monde espagnol Fernando Alonso, transfuge de chez Renault. Coup de pub magistral, dont la Formule 1 est coutumière chaque fois qu'il s'agit de réamorcer la pompe à fric. En l'occurrence après une dodécade de «schumisme» - ponctuée de sept sacres mondiaux - et à l'entame du règne d'Alonso qui risque de se prolonger. Sans oublier que les acrobaties des collègues motards commencent à écorner l'audimat des fusées sur quatre roues.

A une époque encore proche, la F1 avait imaginé d'intégrer la gent féminine afin de se relancer côté médiatique. Maria Teresa de Filippis, Divina Galica, Lella Lombardi, Giovanna Amati et Desiree Wilson se glissèrent dans le cockpit. Feux de la rampe rapidement éteints: seule Lella Lombardi réussira à marquer un point à l'issue d'un Grand Prix, celui d'Espagne le 27 avril 1975 à Barcelone.

L'an prochain, il est clair que l'attraction Lewis Hamilton va drainer caméras, sponsors et spectateurs. Peut-être plus longtemps que ces dames, si l'on en juge par ses essais initiaux, cette semaine sur le circuit de Catalogne: 6e à 0''772 puis 1''342 de la Ferrari drivée par Felipe Massa. Beau résultat, même en l'absence de son leader Alonso et de Kimi Raikkonen (lui aussi membre de la Scuderia en 2007).

Sous l'aile de Ron Dennis

Malgré les antécédents d'Ecclestone & Co en la matière, il serait donc faux de réduire le phénomène Hamilton à une opération publicitaire. Champion de Formule 3 en 2005, de GP2 (l'antichambre de la F1) en 2006, le jeune homme a des lettres. D'autant que Ron Dennis, patron de McLaren-Mercedes, l'avait repéré et pris sous son aile depuis dix ans. En clair, le boss a financé la carrière du novice. A charge pour lui de briller en piste et d'obtenir de bons résultats scolaires. Aujourd'hui, Ron Dennis s'apprête à toucher les dividendes de son investissement.

«Ce sera le plus gros challenge de la carrière de Lewis, admet le patron. Il va devoir se familiariser avec la pression d'un week-end de Grand Prix, mais la confiance que nous avons dans ses capacités et son talent nous a persuadés de lui donner sa chance.»

Originaire des îles Grenadines - Antilles britanniques, que ses parents aux revenus modestes quittèrent direction l'Angleterre à la fin des années 50 - le gamin, lui, n'en fait pas une montagne. «Alonso roulera bien, comme à son habitude, dit-il. Moi, je vais faire du mieux possible pour ne pas être trop loin. En fait, le stress repose sur moi car, contrairement à Fernando, j'ai tout à prouver. Au début, je ne pense pas pouvoir le battre, mais j'espère jouer au plus vite la victoire avec lui.» Gonflé à bloc, le débutant!

Son de cloche très différent sous la plume du vétéran David Coulthard (neuf saisons chez McLaren): «C'est une erreur de le lancer si tôt en F1. La carrière de Lewis Hamilton pourrait être détruite avant qu'il ait eu la moindre opportunité de la développer», affirme l'Ecossais dans le journal News of the World, où il tient une chronique. «La première personne à laquelle vous êtes comparé est votre équipier. Si Lewis supporte mal la comparaison avec Alonso, ça le démolira mentalement.» Jugement concret dès le 18 mars 2007 à Melbourne.