CYCLISME

Une belle étape de montagne ne suffit pas à redonner sa crédibilité au Giro de tous les maux

Le Tour d'Italie a changé de leader, hier, Cadel Evans cédant son maillot rose à Paolo Savoldelli. Mais un sujet revenait dans toutes les discussions: la perquisition des carabiniers la veille au soir. Effectuée dans les hôtels des quatre équipes concernées par des affaires de dopage dans ce Giro (Mercatone Uno, Mapei, Saeco et Panaria), cette intervention aurait permis de confisquer «du matériel intéressant»

L'étape de montagne palpitante qui s'est achevée hier à Folgaria pourrait ressembler à une réhabilitation temporaire de la crédibilité du sport cycliste: la victoire arrosée de sueur du revenant Pavel Tonkov, l'écroulement du leader australien Cadel Evans, la prise de pouvoir de l'aspirant champion Paolo Savoldelli, nouveau maillot rose d'un Tour d'Italie qui a viré au noir depuis longtemps… Malheureusement, la crédulité n'est plus celle d'autrefois, et l'exaltation aveugle de la performance devient ardue. «Paolo Savoldelli? Il a été interrogé par le magistrat Giovanni Spinosa au soir de sa victoire lors du Trophée Laigueglia, en 1999, pour ses rapports avec le docteur Michele Ferrari. Le jour de l'expulsion de Marco Pantani à Madonna di Campiglio, il l'a échappé belle: il avait 49,9 de taux hématocrite», murmure un journaliste durant la conférence de presse.

Quoi qu'il en soit, Savoldelli sourit à ce Tour d'Italie qui se cherchait un messie pour le conduire à Milan. L'espace d'une émotion populaire, le Giro a ressuscité. Les applaudissements du public – toujours nombreux – et la voix criarde du speaker ont enterré momentanément les déceptions et désillusions de deux semaines et demie de course: de l'arrestation de Nicola Chesini (Panaria), accusé de trafic de substances dopantes, aux contrôles antidopages positifs au NESP de Faat Zakirov (Panaria) et Roberto Sgambelluri (Mercatone Uno), en passant par l'expulsion des deux derniers vainqueurs Stefano Garzelli (Mapei) et Gilberto Simoni (Saeco), dans les urines desquelles les laborantins ont respectivement retrouvé de la Probénicide (diurétique) et de la cocaïne.

De là à penser que le peloton est gangrené par des délinquants, il n'y a qu'un pas, franchi par le procureur Conte, de Brescia, qui a mandaté les carabiniers et la brigade des stupéfiants (NAS) pour perquisitionner, dans la soirée de mercredi, les hôtels des quatre formations concernées par ces affaires de dopage (lire LT du 30 mai). Cette opération ponctuelle et ciblée, conduite par une dizaine d'agents, était officiellement destinée à recueillir de la documentation médicale et les carnets de santé des coureurs. En réalité, les chambres des médecins et les véhicules ont été minutieusement inspectés. Et l'intervention s'est prolongée jusqu'à 23 heures dans la caserne des carabiniers à Corvara Alta Badia.

Les managers et directeurs sportifs de Mercatone Uno, Mapei, Saeco et Panaria ont dû répondre aux questions des enquêteurs, signer des procès-verbaux, et prendre acte de la mise en examen de leurs coureurs respectifs (Simoni, Garzelli, Zakirov, Sgambelluri). «Pourquoi voulez-vous que ces perquisitions nous dérangent? Ils n'ont rien trouvé», commentait ironiquement Aldo Sassi (Mapei) à sa sortie. «Ils m'ont séquestré deux flacons de reconstituants énergétiques», marmonnait quant à lui Roberto Reverberi (Panaria). D'après nos informations, les carabiniers auraient pourtant retrouvé «du matériel intéressant»: deux mystérieux sacs à dos cachés dans la cuisine de l'hôtel «Tablè», où logeait la formation Saeco. Chez Panaria, un sac et un carton ont été saisis.

L'impression dominante est qu'il se passera encore quelque chose sur le Giro le plus tourmenté de l'histoire, stupéfiant de bout en bout. L'étape d'aujourd'hui arrive à Brescia, une destination suffisante pour alimenter la terreur dans le peloton, puisqu'Antonio Varriale, Domenico Romano, Filippo Perfetto (Panaria) et l'ex-policier napolitain reconverti en dealer Armando Marzano s'y sont succédé depuis le 13 mai pour raconter leurs vérités au juge Spanno'chargé de comprendre le fonctionnement du réseau qui approvisionne en substances hospitalières volées le cyclisme professionnel et amateur du Nord de l'Italie.

La magistrature est également en possession du témoignage choc d'un ancien coureur devenu trafiquant, dont les confessions risquent de balayer le mouvement cycliste dans son ensemble. Pour le protéger, son nom a été codifié «Tau». «Je sais que Gilberto Simoni a remporté le Giro 2001 en utilisant de l'Igf3, a raconté «Tau» aux enquêteurs. Les directeurs sportifs savent tout et organisent l'approvisionnement. Le mien m'a dit un jour: «Tu ne marches pas, mais je te garde dans l'équipe tant que tu nous fournis.» Reste à savoir si «Tau» a donné des noms. De la caserne des carabiniers de Corvara, une phrase captée nous résonne encore dans la tête: «Cette année, il n'y a que les motos qui arriveront à Milan.»

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