Invité d'honneur du Parlement du sport suisse à Berne, Jacques Rogge, patron du Comité international olympique (CIO), trouve «parfait» le contenu de la nouvelle Charte éthique nationale. Mais, précise-t-il, son application dépendra de la volonté des personnes impliquées. Puis, en guise de conseil avisé: «N'oubliez pas qu'il faut toujours prévoir un gendarme et des sanctions dissuasives.» Voilà bien le principal écueil auquel la théorie risque de se heurter. Du principe légal aux actes existe un abîme creusé par le terreau lui-même. Ces multiples écoles, clubs, associations où l'on ne sera jamais certain de ne rencontrer que des formateurs honnêtes, équilibrés, soucieux de préserver la santé physique et mentale des candidats champions. Swiss Olympic doit mettre en place les moyens de sa politique. Notamment une escouade de surveillants qualifiés – et pas seulement un ou deux inspecteurs perdus dans la nature, histoire de se donner bonne conscience –, auxquels pourraient s'ajouter des psychologues aptes à déceler les signes de troubles pathologiques, chez l'adolescent comme chez l'entraîneur. Cela coûte de l'argent. Surtout, Swiss Olympic devra instituer une commission d'éthique, semblable à celle créée par le CIO en 1999. Commission qui recevra et examinera les plaintes ou les dossiers à l'abri de toute pression, et sera habilitée à prendre des mesures punitives selon les cas. Avec un avantage considérable: ce genre d'instance centrale, loin des salles d'audience locales, des regards en biais et autres sous-entendus des gens du cru, permettra aux victimes de se confier sans forcément craindre le qu'en-dira-t-on.