Le 26 septembre prochain, les 33es Olympiades devraient en principe dérouler leurs fastes à Elista. Selon les dernières informations, le plus grand rendez-vous par équipes, qui se déroule tous les deux ans, aura bel et bien lieu dans la «Cité des échecs». De nombreux sceptiques ont sacrifié leurs munitions sur l'autel du pragmatisme et du réalisme. Après tout, aucune alternative n'existe et Ilioumjinov prend quasiment tous les frais à sa charge…

Parmi les fédérations importantes les plus virulentes figurent celles d'Australie et des Etats-Unis, dont un boycott national aurait pu entraîner dans la mouvance 30 à 50 nations. Il sera malgré tout question de boycott individuel, plusieurs des meilleurs grands maîtres du circuit ayant annoncé leur refus de se rendre en Kalmoukie. Argument souvent avancé pour justifier le voyage au bord de la mer Caspienne: conserver les échecs sur leurs 64 cases, pas ailleurs, et surtout pas sur la scène politique, sous peine de créer un précédent et de devoir entrer en matière lors de chaque choix futur concernant un pays plus ou moins instable.

Les grands maîtres qui feront le déplacement au pays kalmouk des steppes sont bien plus inquiets par l'ampleur

des travaux qui reste encore à accomplir pour que la «Cité des échecs» soit prête à temps, malgré les promesses d'Ilioumjinov. Les témoignages recueillis convergent dans le même sens: les routes sont dangereuses, la minuscule piste d'atterrissage n'est pas achevée, le village olympique n'est pas encore ouvert et les conditions d'approvisionnement font souci. Une certitude déjà, vu la masse prévisible des joueurs, la plupart des participants devront partager une chambre double.

La Suisse présente

A moins d'une aggravation soudaine de la situation, la Suisse sera représentée en Kalmoukie. La modeste fédération helvétique a décidé de s'aligner sur ses grands voisins européens, ne voulant pas «faire cavalier seul», selon son président Ruedi Staechelin, plus préoccupé par la qualité des infrastructures à Elista qui ont déjà incité Viktor Kortchnoï (le numéro un en équipe nationale) à rester tranquillement à la maison. D'autres joueurs l'imiteront (Werner Hug, Lucas Brunner), mais la Suisse présentera malgré tout une ossature regroupant quasiment ses meilleures forces.

Ruedi Staechelin ne s'affiche certainement pas dans le camp des pro-Ilioumjinov, mais plaide pour une certaine continuité. «Malgré nos réserves, cela n'aurait aucun sens de boycotter Elista, alors que dans le même temps, nous participons à toutes les autres activités de la FIDE et avons notamment accueilli son championnat du monde à Lausanne.» Le Bâlois tente lui aussi de dissocier sport et politique, pour éviter de devoir trancher chaque année. Aucun sport ne se dispute uniquement dans les démocraties. «Je me serais aussi rendu en Chine pour des Olympiades souligne-t-il. Mais pas à Bagdad!» Le périple à Elista apportera certainement son lot de souvenirs.

Ol. B.