«Vous êtes une centaine de journalistes à appeler. Patience.» La téléphoniste de la FIFA, Fédération internationale de football, a les oreilles qui sonnent en ce lundi après-midi. L'annonce de Joseph Blatter, président de la FIFA, d'organiser une Coupe du monde tous les deux ans, les années paires, et d'abandonner ainsi le rythme quadriennal existant depuis la première édition (1930) a eu les effets d'une bombe et n'a pas manqué d'attiser la curiosité.

Faute de pouvoir parler directement au président de la FIFA, ni même à son secrétaire général, il faut se contenter d'un communiqué, dans lequel Joseph Blatter a confirmé son idée d'organiser une Coupe du monde tous les deux ans. Il a cependant précisé qu'il ne pouvait pas envisager que le nouveau système soit mis en place avant 2008. Pourquoi? D'abord, cette date permettrait d'avoir le temps nécessaire à coordonner le calendrier international et ensuite car la FIFA doit respecter les contrats de retransmission télévisée qu'elle a déjà signés.

Joseph Blatter a ajouté qu'il était probable qu'un tournoi international majeur ait lieu en 2004. Cette année-là, la FIFA fête son centenaire. Cependant, il n'aurait pas le statut de la Coupe du monde. «Nous devons garder à l'esprit nos engagements existants vis-à-vis de nos sponsors actuels, de même que les contrats de télévision courant jusqu'en 2006», a conclu Joseph Blatter. Rappelons que le groupe audiovisuel allemand Kirch et son associé suisse ISL (International Sport Leisure) ont obtenu l'attribution des droits de retransmission télévisée (en dehors des Etats-Unis) des Coupe du monde de 2002 et 2006 pour 2,8 milliards de francs suisses.

Projet en chantier

De nombreuses interrogations entourent encore le projet de Sepp Blatter: le financement, le calendrier, le mode de qualification, les problèmes des droits de télévision, la surcharge de matches, l'éventuel dédommagement des fédérations aux clubs, etc. La Commission d'études stratégiques (CES) de la FIFA, qui vient de voir le jour – elle est composée de sept membres: Joseph Blatter et les six présidents des Confédérations – s'efforcera pour le mener à bien. La CES se réunira à Zurich avant le comité exécutif prévu les 11 et 12 mars prochains.

Le président de la FIFA a également fait savoir qu'il fallait considérer dans «l'esprit du changement» l'idée d'établir un calendrier des compétitions «soigneusement coordonné à l'échelle internationale», qui attribuerait la couverture et l'importance voulue tant au football en club qu'en équipe nationale. Selon Joseph Blatter, les ressources financières générées par cet événement aideraient les fédérations nationales dans leurs efforts continus pour promouvoir le football à tous les niveaux. L'accélération du rythme de la compétition fournirait aussi à davantage de pays et de continents l'opportunité d'organiser une Coupe du monde sans pour autant «surcharger le calendrier de compétition pour les joueurs de haut niveau».

Réactions nombreuses

Les premières réactions ont été globalement positives. D'anciens grands joueurs, tels Pelé et Franz Beckenbauer, ainsi que de nombreux sélectionneurs, comme l'Italien Dino Zoff, champion du monde 1982, n'ont pas caché leur satisfaction. «Il est louable que le président de la FIFA soutienne les fédérations nationales et la vie des sélections nationales. Celles-ci permettent d'étalonner la valeur des joueurs, ce qui sert ensuite les clubs», a déclaré Claude Simonet, président de la Fédération française (FFF).

Les réticences ne manquent pas. Ainsi, pour Uli Stielike, entraîneur à la Fédération allemande: «Cela sent le commerce à plein nez.» Ou encore Juergen Kohler, ancien international allemand: «Nous ne sommes quand même pas des machines. Le sport, pas le commerce, doit rester en toile de fond.» Enfin, du côté de l'Union européenne de football (UEFA), on ne s'exprime pas. Impossible de joindre quelqu'un à Nyon, siège de l'organe faîtier européen. Mais dans son communiqué envoyé aux rédactions, l'UEFA critique l'idée de faire disputer la Coupe du monde tous les deux ans. Le Suédois Lennart Johansson, président des instances européennes, a estimé que l'idée d'une Coupe du monde se déroulant en 2004, la même année que la phase finale de l'Euro, est totalement inacceptable: «En 2004, l'UEFA célébrera son cinquantenaire. En outre, cette proposition n'a jamais été soumise au comité exécutif. Les confédérations s'estiment lésées de ne pas avoir été tenues informées de ce projet, voire même consultées à ce sujet.»

Dans son communiqué, l'UEFA ne perd pas l'occasion de donner une leçon de démocratie à Joseph Blatter: «Toutes les réformes de l'UEFA ont été faites dans le respect des parties: associations nationales, clubs, ligues, équipes nationales.» Ironique retour des choses pour celui qui s'est fait élire président de la FIFA avec les slogans: «Le football pour tous» et «Le football aux footballeurs».