L'athlétisme souffre. Depuis quelques années, son état de santé s'est dégradé. Hormis lors des Jeux olympiques et des Championnats du monde bisannuels, les dieux du stade s'essoufflent. Peinant à occuper le devant de la scène sportive. Les gradins sont souvent parsemés, et les audiences télé piquent du nez. Face à ce mal indéniable, mais pas rédhibitoire, Fédération internationale, athlètes, agents et organisateurs de meetings tentent d'échafauder le meilleur traitement possible. Mais divergent sur les remèdes proposés.

«Il y a une grosse baisse d'intérêt. C'est un fait. Mais je pense que nous avons vu le fond de la vallée en 2006 et que nous remontons lentement la pente, confie Patrick Magyar, le patron du Weltklasse de Zurich. Cela va prendre du temps, mais je suis confiant.»

■ Où sont les stars?

Comme son homologue parisien, Philippe Rousselle, et belge, Wilfried Meert, Patrick Magyar constate un déficit de grandes stars: «Il y a toute une génération d'athlètes, Carl Lewis, Mike Powell, Marie-José Pérec, etc. qui sont partis en même temps. Et nous manquons désormais de grands noms.»

Pour pallier cette carence, Wilfried Meert, directeur du meeting de Bruxelles, a opté pour la formule «show-sport»: «Le spectacle que nous proposons en plus de la compétition offre une valeur ajoutée qui récompense ceux qui font l'effort de venir au stade plutôt que de rester devant leur téléviseur.» Et l'organisateur belge peut se targuer d'avoir, à la date du 16 mai, déjà 30000 billets réservés pour un meeting qui aura lieu le 30 septembre. «Mais je n'annonce aucun nom», précise Wilfried Meert, qui a réalisé une enquête auprès de son public pour savoir quels étaient les athlètes préférés. Et de constater: «Si les gens citent sans peine nos trois locomotives belges, ils ont du mal en revanche à donner trois noms d'athlètes étrangers.»

Contrairement à Zurich, où le meeting peut compter sur un public habitué à suivre les athlètes étrangers, à Paris le pouvoir d'attraction est directement lié aux performances des athlètes nationaux. Et Philippe Rousselle, le directeur du meeting Gaz de France, reconnaît avoir plus de mal à vendre ses places aujourd'hui qu'il y a trois ans: «L'athlétisme français est dans le creux de la vague et, par ailleurs, nous payons les affaires de dopage avec quatre ou cinq athlètes qui sont tombés en demi-fond, plus un en 400 m haies. Ça fait désordre.»

■ Dopage

Le dopage, une des causes de la crise existentielle que traverse l'athlétisme. Forcément. «Nous avons assisté à une dégradation de l'image de ce sport», reconnaît Patrick Magyar. Cependant, pour le directeur du meeting zurichois, la chasse aux tricheurs était et reste un viatique indispensable à la guérison de l'athlétisme: «Le fait d'avoir osé attaquer de front les tricheurs et touché à de grands noms est une bonne chose. Les statistiques des contrôles effectués à l'entraînement - les plus efficaces - de l'Agence mondiale antidopage montrent qu'il y a moins de résultats positifs en athlétisme qu'en hockey sur glace, en football ou en basket. Mais ça fait plus de bruit dans notre sport parce que cela touche des athlètes connus comme Marion Jones, Justin Gatlin ou Tim Montgomery (qui a été condamné vendredi à 46 mois de prison pour son implication dans une affaire de fraude bancaire portant sur plusieurs millions de dollars, ndlr). Nous assistons désormais à une montée en puissance de jeunes athlètes, plus fragiles physiquement, mais plus crédibles. Je n'étais pas déçu que Tyson Gay renonce à courir le 100m et le 400m à Zurich l'été dernier. J'étais au contraire rassuré de voir qu'il avait les jambes cassées après les Championnats du monde d'Osaka. C'est un bon signe pour le sport. Lorsque l'on voit les gabarits, on constate que ce n'est pas que du muscle, mais de la fine technique.»

■ Anachronisme

Tout le monde s'accorde à dire que l'athlétisme doit vivre avec son époque. «Il y a une forme d'anachronisme entre le monde d'aujourd'hui, qui va très vite, et des championnats du monde qui traînent en longueur, note Nick Davies, le directeur de la communication de la Fédération internationale (IAAF). Nous envisageons donc de réduire la durée des Mondiaux de 9 à 4 ou 5 jours et d'en augmenter l'intensité avec, par exemple, uniquement les demi-finales et finales. Avec au préalable des qualifications qui ne seraient pas forcément télévisées. Les Mondiaux en salle, eux, pourraient se tenir sur une seule journée et être seulement sur invitations.»

■ Sponsoring

Un autre problème, soulevé par les organisateurs des meetings estampillés Golden League, et donc censés être de première catégorie: les difficultés rencontrées pour attirer les meilleurs. «Il y a une surenchère des contrats passés entre les athlètes et leurs équipementiers, explique encore Patrick Magyar. Alors, comme les primes qu'on leur propose sont moins élevées que ce qu'ils touchent de leurs sponsors, ils préfèrent s'entraîner davantage ou disputer de petites épreuves, qui ne sont pas télévisées. Or, pour construire des stars, il faut pouvoir présenter régulièrement les athlètes au public.»

■ Circuit confus

L'absence des meilleurs aux grands meetings s'explique aussi par la multiplicité des compétitions de catégories diverses. Ce qui rend une saison d'athlétisme quasiment illisible pour le grand public. Un problème que l'IAAF entend attaquer de front avec des changements en profondeur. Parmi les mesures qui devraient être adoptées: l'idée d'une Golden League à douze meetings dont certains sur d'autres continents (actuellement six et tous en Europe). «En ce moment, c'est l'anarchie, constate Nick Davies. L'IAAF, qui délivre les permis, n'a aucun contrôle. L'idée serait de mettre en place une Golden League plus attractive répondant à des règles plus strictes permettant d'assurer la venue des grands noms. Pour cela, il faut des budgets plus importants. Cela passerait par des partenariats entre les meetings et l'IAAF, qui achèterait en quelque sorte les droits. Par ailleurs, comme il y a trop d'épreuves, nous nous concentrerons sur ces douze meetings, laissant aux fédérations continentales le soin de gérer de plus petits meetings soumis à d'autres règles.»

Le contrat avec la Golden League actuelle courant jusqu'en 2009, ces changements n'interviendront pas avant. Pour Wilfried Meert, qui regrette l'époque de la Golden Four, «c'est déjà compliqué de faire participer les meilleurs à six meetings, alors vous imaginez à douze? Nous ne sommes pas sortis de l'auberge!»