La Ligue suisse de hockey sur glace (LSHG) a de nouvelles structures, un nouveau président, et un nouveau slogan, pour le moins gaillard: «One winning team – together strong». Traduction littérale: une équipe gagnante – forts ensemble… Telle fut en substance la teneur de la conférence de presse organisée jeudi, dans un hôtel soleurois, au terme de la réunion du parlement.

De cette journée entre gens de bonne compagnie, il ressort surtout, manifestement, une volonté quasi obsessionnelle de reléguer le passé dans l'oubli, quitte à glisser sous le tapis quelques velléités de vengeance. A cet égard, la Ligue suisse n'exclut pas de renoncer aux poursuites pénales engagées contre Werner Kohler, son ancien président, si la procédure devait n'avoir pour effet que d'entretenir la polémique, et non l'espoir. Le hockey suisse souffre d'un déficit d'image auprès de ses partenaires commerciaux; il lui importe d'arrêter les frais, au propre comme au figuré.

Pour le reste, il faudra attendre. L'arrivée au pouvoir d'un nouvel état-major, bâti autour du président Fredy Egli (LT du 3 septembre), ne s'accompagne pour l'heure que de réaménagements structurels d'ordre cosmétique, sans oublier une folle hardiesse. «Nous avons des visions: nous voulons implanter notre équipe nationale au sein du gotha, renforcer notre label, fournir des prestations de qualité supérieure et jouer un rôle majeur en Europe. Nous venons de vivre une séance mémorable», s'est emporté Rolf Bachmann, président du parlement jusqu'à hier.

Au-delà de cet allant retrouvé, la grande préoccupation demeure, hélas, bassement matérielle. Selon l'expert mandaté par la LSHG, l'exercice écoulé devrait aboutir à un bilan neutre. «Un beau zéro noir», a-t-il déclaré. Détail non précisé: cette estimation optimiste ne tient compte ni de l'emprunt contracté auprès de la Fédération internationale (2,1 millions de francs), ni de la facture exigée par le groupe IMG Suisse de Marc Biver, à savoir «3,5 millions de francs, et non 2,5, comme nous l'avons découvert après avoir épluché tous les contrats», confirme Jean Martinet, le vice-président démissionnaire de la Ligue suisse.

Etrange «rémunération»

De cette somme, 1 million de francs a servi de «rémunération» à Kohler, et 1,1 million de «commission de courtage» à Dominik Senn, l'instigateur de la vente des droits commerciaux du hockey suisse à IMG. «J'ai laissé une chance à Marc Biver, tonne Jean Martinet. Puisqu'il ne s'est présenté à aucun des quatre rendez-vous que je lui ai fixés, je suis parti à Londres m'entretenir avec Eric Drossart, le patron d'IMG Europe et… président du conseil d'administration d'IMG Suisse.»

Les versions divergent quant à la position d'Eric Drossart sur cette affaire. Certaines sources évoquent un soutien inconditionnel à Marc Biver, d'autres parlent d'une proche disgrâce. Toujours est-il que la plainte pénale déposée à Zurich par la LSHG contre le manager neuchâtelois (et non contre IMG) pour escroquerie n'est pas restée sans effet: comme le confirme Jean Martinet, Marc Biver est depuis peu sous le coup d'une inculpation prononcée par le Ministère public du canton de Zurich. «Cette mesure n'entraîne pas – encore? – une condamnation, mais elle signifie l'ouverture d'une enquête pénale. Dans ce cas, nous espérons bénéficier d'un effet suspensif dans le règlement de la somme «due» à IMG», expose Martinet.

Le but sous-jacent ne tient pas tant dans une condamnation de Marc Biver. «A la limite, cela nous est égal», glisse un membre du parlement. Plus en amont, la Ligue suisse spécule sur une enquête pénale suffisamment désastreuse en termes d'image pour amener IMG Europe à penser que, finalement, un mauvais arrangement vaudrait mieux qu'un long et grand procès. Autrement dit, à renoncer à tout ou partie de cette étrange facture…