Ces types sont des monstres. Et nous qui, avouons-le, avons osé douter de cette équipe, nous recopierons deux cents fois le règlement du jeu football pendant les vacances. L’Espagne, exceptionnelle dimanche soir en finale de l’Euro, où elle a écrasé (4-0) une courageuse Italie, a accompli sa fabuleuse trilogie. Déjà championne d’Europe en 2008, régnant sur le monde depuis deux ans, la Roja est devenue la première sélection à conserver sa couronne continentale; la première, aussi, à remporter consécutivement trois titres majeurs. De là à dire qu’il s’agit de la plus grande équipe de tous les temps, il y a un pas qu’on a envie de franchir dans la nuit magique de Kiev.

Cette finale, la plus spectaculaire depuis longtemps dans une compétition de cette importance, a magnifiquement clos un tournoi d’excellente facture. Et l’Espagne a présenté l’addition, salée. Emmenés par un Xavi Hernandez au sommet de son art après avoir «raté» sa première partie d’Euro, les joueurs de Vicente Del Bosque démarrent la rencontre pied au plancher. La séquence ahurissante durant laquelle les Italiens ne touchent pas le ballon durant plus de deux minutes (8-10e) annonce la couleur: ce sera du rouge, partout, tout le temps, et la Squadra azzurra concède l’ouverture du score dès la 14e. Le génialissime Andres Iniesta s’offre un petit relais avec Xavi avant de trouver – comment, on ne saurait le dire… – Cesc Fabregas dans la profondeur. Le Barcelonais centre en retrait pour la tête de David Silva, un à zéro.

L’Italie retrousse ses manches et part au combat, fidèle à la philosophie qui est désormais la sienne. Mais ce combat-là, contre cette Espagne-là… Face à cet adversaire qui accepte le jeu et c’est tout à son honneur, la Roja bénéficie de davantage d’espaces. Or, qui sait les exploiter mieux qu’elle? Personne. Et la rencontre, passionnante, bascule à la 41e sur un éclair de Xavi. Le milieu du Barça délivre une passe divine pour Jordi Alba, lancé comme un bolide, et qui s’en va tromper Gianluigi Buffon.

Affaire pliée? Si Antonio Di Natale, entré après la pause, avait transformé en but le service de Riccardo Montolivo (51e), qui sait… Mais l’Espagne possède aussi un gardien stratosphérique en la personne d’Iker Casillas, qui réalise la sortie parfaite. Juste pour souligner à quel point cette équipe n’a pas de faille, une statistique hallucinante: elle n’a pas encaissé le moindre but lors d’un match à élimination directe depuis celui marqué par un certain Zinédine Zidane en quart de finale de la Coupe du monde 2006! Voilà dix rencontres que ça dure.

La Squadra a donc essayé. Mais quand Thiago Motta, à peine entré en jeu, se blesse alors qu’il ne reste plus de changement à effectuer pour Cesare Prandelli, tout le monde y compris le Mister comprend que les carottes sont cuites. Il reste une demi-heure et elle virera au cauchemar pour les Transalpins. La Roja ne faiblit pas, au contraire: elle appuie là où ça fait mal, très mal. Fernando Torres et Juan Mata, sortis du banc, donnent au score des proportions très sévères à la 84e puis à la 88e. Une baffe que l’Italie ne méritait pas au regard de son formidable tournoi. Une démonstration qui consacre définitivement cette Roja de légende, qui égale l’Allemagne au nombre de titres européens, trois. Et que ceux qui la trouvent ennuyeuse parce qu’elle fait trop de passes recopient cinq cents fois le règlement du jeu football.