Pour décortiquer une victoire ou analyser une défaite, on cause souvent science du jeu, géométrie des courts et pourcentage de première balle. Au diable les chiffres et les manuels! Samedi, Justine Henin et Serena Williams ont démontré qu'un match de tennis pouvait n'être soumis à aucune forme de logique. La seconde s'est imposée (0-6 7-5 6-3) au terme d'une rencontre un peu «light» sur le plan de la qualité.

Durant près d'une heure et demie pourtant, la Belge, en bonne numéro 1 mondiale, fut la patronne. Plus offensive, plus intelligente, plus régulière. Verdict: une «roue de vélo» pour renvoyer, pensait-on, Serena à ses projets de couturière. «Serena était plus mobile jeudi soir dans un bar de Coconut Grove», persiflait alors une mauvaise langue en tribune de presse - franchement, qui sommes-nous pour juger?

Styliste émérite, la cadette des Williams sait toutefois ce que signifie remettre l'ouvrage sur le métier. Dominée, elle s'accroche donc, sort la tête de l'eau avant de se voir «offrir» la deuxième manche. Au bénéfice de deux balles de match sur son service à 5-4, Justine Henin flanche et laisse filer le train. «J'avais l'impression d'être la meilleure aujourd'hui, mais j'ai laissé échapper la victoire», résumera, avec lucidité, la Belge. «Davantage que ces deux balles de match, je regrette le passage à vide qui a suivi. Pendant quelques jeux, je ne suis pas parvenue à rester concentrée et à ce niveau, face à une telle combattante, ça peut défiler très vite.»

En effet. Mais comme la rencontre n'avait décidément rien de classique, le sort a encore tergiversé pour départager deux joueuses irrégulières sur ce coup-là. Menée 0-3 dans le set décisif, Henin sembla même reprendre le dessus à 3-3 avant de craquer derechef. «Je n'ai jamais renoncé», se félicitait Serena Williams. «Lorsque je me sens plonger, je ne peux rester en bas et une partie de moi se met à mieux jouer. Je pense que c'est à cela qu'on reconnaît une championne. Elle ne reste pas en bas.» Après une année 2006 où elle n'a disputé que quatre tournois, la voici à nouveau en route pour les sommets.