Les histoires d’amour finissent mal, en général. Faut-il pour autant se maudire de les avoir vécues? La Suisse a quitté vendredi soir l’Euro le cœur gros, seulement battue aux tirs au but par l’Espagne (1-1, 3 tirs au but à 1), après un match qui restera dans son histoire, dans un registre différent de celui contre la France.

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Les supporters de la Nati, qui ont vibré devant la rencontre, sont passés par tous les états d’âme, de l’impuissance en début de match à la désespérance à son issue, en passant par la frustration après l’autogoal de Denis Zakaria, la résignation, puis l’espérance en seconde mi-temps, la délivrance sur le but de Shaqiri, la colère lors de l’expulsion de Remo Freuler, la souffrance jusqu’à la fin. S’éprendre d’un match, tomber amoureux d’une équipe, c’est comme aimer Catherine Deneuve dans Le Dernier Métro: «une joie et une souffrance».

Une Suisse ouverte et joueuse

Il faut savoir savourer les deux. Il y a dix ans, l’équipe de Suisse aurait volé en éclats après pareille succession de coups du sort: suspension de Xhaka, autogoal, blessure d’Embolo, expulsion de Freuler. La Nati d’il y a encore deux ou trois ans aurait perdu 1-0. Celle d’hier a su faire face à tant d’adversité, trouvant des ressources nouvelles.

La victoire sur les Bleus avait magnifié une Suisse ouverte et joueuse. La défaite contre l’Espagne a puisé dans les valeurs ancestrales d’abnégation et de solidarité. On peut y voir les deux facettes d’un même pays, on peut surtout y trouver des motifs d’espoir, des raisons de se réjouir. Car c’est ainsi que se fortifient les équipes, que naissent les destins, dans l’adversité, le sel et les larmes.

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Pour les joueurs comme pour les spectateurs, ces sensations n’ont pas de prix parce qu’elles ne s’achètent pas. En une semaine, le football suisse a vécu deux des plus grands moments de son histoire, dont seuls nos aînés gardent encore trace de l’équivalent dans leurs souvenirs d’enfant. Nous espérons désormais ne plus avoir à attendre aussi longtemps pour nous réjouir et pour souffrir.