La onzième édition du Concours hippique international (CSI) de Zurich a pris fin dimanche après avoir attiré au Hallenstadion dès jeudi le gratin des cavaliers de concours de la planète. C'est le Suisse Willi Melliger montant Calvaro V qui a remporté l'épreuve la plus prestigieuse, le Grand Prix disputé dimanche après-midi. Deuxième, le Néerlandais Jos Lansink (Nissan Calvaro Z) et troisième, l'Autrichien Hugo Simon (E.T. FRH). Willi Melliger a empoché 70 000 francs destinés à récompenser le vainqueur du GP. Pour la petite histoire, l'épreuve alémanique proposait un «prize-money» de 600 000 francs pour un budget total de 5 millions (lire notre encadré).

Quatre jours durant, le CSI de Zurich a permis à plus de 42 000 visiteurs en tout de voir ou de revoir quelques-uns des meilleurs chevaux d'obstacles au monde, les Calvaro V, E.T. FRH, Virtual Village It's Otto,

Nissan Calvaro Z ou Rochet M pour n'en citer que quelques-uns.

De véritables athlètes

Tenez, Rochet M, justement, monté par la jolie amazone française Alexandra Ledermann, médaillée de bronze des JO d'Atlanta, n'est pas – à l'image de ses congénères de concours – un animal auquel on a appris à sauter des obstacles parfois très haut. Le «selle français» est un véritable athlète dont s'occupe en permanence Anthony Flour, le «groom» d'Alexandra Ledermann, que nous avons suivi un moment dimanche dans le Hallenstadion.

Il n'est qu'à voir l'homme trépigner lorsque Rochet M est en concours. Sauter sur ses deux jambes au moment où son protégé franchit les obstacles. Se risquer à de petits claquements de langue – les mêmes que produit Alexandra pour indiquer à son cheval qu'il doit s'envoler dans les airs – pour comprendre la complicité qui lie l'homme à l'animal. Car si Rochet M brille pratiquement dans tous les concours où il est engagé, c'est aussi parce qu'Anthony Flour s'en occupe pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Avec une infinie tendresse.

Tout commence tôt le matin: «Je nourris Rochet M – et les deux autres chevaux que nous avons emmenés ici – avec des granulés d'aliment complet. Ceux-ci ayant tendance à gonfler, je leur donne ensuite beaucoup d'eau sinon ils risquent des coliques (qui peuvent se révéler mortelles pour les chevaux) et je retire les crottins de leurs boxes.» Anthony refait ensuite la paille, brosse les couvertures de ses protégés et les sort un à un avant de retirer les cataplasmes posés sur leurs membres pour la nuit, composés de papier journal humide et de bandes, l'ensemble devant «défatiguer» l'animal.

Après quoi, l'un après l'autre, les chevaux vont à la douche. Avant cette étape, Anthony a pris soin de graisser les sabots pour que leur corne ne soit pas trop attendrie – il leur applique l'eau très froide d'un jet («On peut parler d'une forme d'hydrothérapie»). Puis, chaque animal est étrillé et «natté», la suite de sa journée dépendant des compétitions figurant à son programme.

Une attention soutenue

«J'attends alors les ordres de ma cavalière, je longe les chevaux ou je les monte vingt à trente minutes pour les échauffer. Alexandra finit le travail. Une fois qu'ils ont sauté, je les fais marcher pour les reposer, ensuite je les étrille, je les brosse, les «bouchonne». Puis je m'occupe de la sellerie. Parfois, l'après-midi, je trouve un bout de pré pas trop loin et je les fais brouter. Ou je marche avec eux. Un cheval de concours doit être en mouvement le plus souvent possible. Le reste du temps, je les surveille, j'enlève les crottins pour qu'ils ne salissent pas les couvertures s'ils se couchent, et je leur redonne de l'eau. Et ainsi de suite.»

S'il a emmené à Zurich Cigale du Taillis et Bristol du Manoir, Anthony s'occupe évidemment un peu plus de Rochet M, le crack de l'écurie. Comment le définit-il? «C'est un cheval qui possède un formidable potentiel. Il a ses petites manies. Il faut le balader plus que les autres. Question nourriture, il mange un foin spécial dépoussiéré et vendu en sachets compacts. Il aime aussi les carottes. Maintenant, son statut d'athlète de haut niveau fait qu'il faut s'adapter à son caractère, lui éviter le stress. Bref il faut qu'il se sente à Zurich comme à la maison. Je dois donc faire très attention. Alexandra y tient.»

On comprend mieux Anthony Flour lorsque l'on sait que les grands cracks supportent mal de quitter la compétition. Le Français Pierre Durand avait remis dans son pré le fantastique Jappeloup pour qu'il jouisse d'une retraite bien méritée. L'inaction lui pesait tant qu'il est décédé rapidement.