L'idée paraît tomber sous le sens, et pourtant il aura fallu des années pour la concrétiser. «Ne serait-ce que parce que les cloisonnements académiques ont mis du temps à disparaître», estime Jean-Marc Rapp, le recteur de l'Université de Lausanne. Hier, lors d'une conférence de presse organisée dans la splendide villa lausannoise où vécut le baron de Coubertin – le premier promoteur d'une académie olympique au début du XXe siècle –, des représentants des milieux sportifs et universitaires romands ont enfin pu annoncer la création d'une Académie internationale des sciences et techniques du sport. Un pôle de compétence quasi unique au monde, qui vise à réunir le savoir-faire des uns et des autres et à développer les connaissances liées au sport.

Fondée le 3 mars 2000 sous l'impulsion, notamment, de Jean-Loup Chappelet, responsable du cours de management du sport à l'Institut des hautes études en administration publique de Chavannes-Renens (IDHEAP), cette académie regroupe dans son comité exécutif les universités de Lausanne, de Genève et de Neuchâtel (à laquelle est rattaché le Centre international d'étude du sport), l'Ecole polytechnique fédérale, l'IDHEAP, le Comité international olympique, la Haute Ecole spécialisée de Macolin, la Ville de Lausanne et le canton de Vaud. Située dans une région réputée aussi bien pour la qualité de ses hautes écoles que pour le nombre d'institutions sportives qui y siègent (CIO, fédérations internationales, Tribunal arbitral du sport, Laboratoire d'analyse du dopage…), elle se propose de développer l'enseignement, la recherche et le conseil dans le domaine sportif en faisant appel à toutes les sciences et techniques qui peuvent contribuer à une meilleure compréhension et à un meilleur pilotage du sport: sciences sociales, politiques, économiques et juridiques, sciences de la vie et de l'ingénieur, ou encore sciences physiques.

«Le sport est un domaine de plus en plus complexe. Il exige des compétences multiples et de plus en plus pointues», a rappelé Christophe Dubi, le responsable de la coordination des Jeux au CIO. Or, en dehors du cours de management du sport de l'IDHEAP et du master européen de l'Université de Neuchâtel, l'offre en matière de formation de futurs dirigeants reste maigre en Suisse. Pour pallier ce déficit, l'Académie internationale des sciences et techniques du sport prévoit de lancer cet automne un programme de formation continue sur le thème de l'organisation de grandes manifestations sportives. En octobre 2002, un master postgrade en administration devrait également voir le jour, destiné à former les cadres dirigeants de l'industrie du sport, des organismes sportifs nationaux et internationaux.

Par ailleurs, l'académie fera office de «réseau de compétences». Pas de locaux spécifiques. Juste un budget de départ de 180 000 francs (dont 20 000 francs de la Ville de Lausanne), un coordinateur au Parc scientifique de l'EPFL et un gros projet de départ: le CIO l'a en effet chargée de définir une méthodologie pour cerner l'impact complet des Jeux olympiques sur la région des villes hôtes, et ce dès les JO de 2002, organisés à Salt Lake City. Enfin, son cahier des charges prévoit l'organisation de colloques internationaux. Le premier est déjà agendé: il se déroulera à Genève les 20 et 21 juin et traitera de différents aspects liés aux sports extrêmes.