Tennis

Une nouvelle Coupe Davis pour un nouvel ordre mondial

L’emblématique compétition centenaire n’échappera pas à la révolution souhaitée par la Fédération internationale, ainsi en ont décidé ses membres. Sa nouvelle formule entrera en concurrence avec une autre épreuve par équipes lancée par l’ATP

La Coupe Davis entrera en 2019 dans une nouvelle ère. La Fédération internationale de tennis (ITF) a adopté jeudi à Orlando (Floride) le projet de lifting de l’épreuve par équipes centenaire. Son visage en sera complètement transformé.

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La réforme devait recueillir les deux tiers des suffrages exprimés lors de l’assemblée générale annuelle pour être entérinée. Objectif atteint avec les 71,43% des votes des 120 délégués présents.

La compétition créée en 1900 était jusqu’à aujourd’hui étalée sur quatre week-ends de trois jours, avec des rencontres disputées sur le terrain choisi par l’une des deux équipes engagées et des matches en cinq sets. Sera disputé dès novembre 2019 un tournoi d’une semaine entre 18 équipes, avec des matches raccourcis à un maximum de trois sets. En outre, les rencontres ne se disputeront plus en cinq matches mais en trois, avec seulement deux simples au lieu de quatre, en plus d’un double.

Aspect financier déterminant

Boudée par nombre des meilleurs joueurs mondiaux, l’ancienne Coupe Davis n’était en outre pas assez lucrative. Pour sa nouvelle formule, l’ITF a signé un partenariat juteux avec le groupe d’investissement Kosmos, présidé par le footballeur de Barcelone Gerard Piqué, lui assurant 3 milliards de dollars sur 25 ans, 20 millions de dollars annuels garantis aux joueurs, et plus encore aux fédérations.

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L’aspect financier a ainsi joué un rôle déterminant dans le processus de réforme. «Les investisseurs de Kosmos voulaient une compétition comme le Qatar voulait un club de foot, expliquait, en avril dernier, l’économiste du sport Lionel Maltese dans une interview accordée au Temps. Ils ont vu en la Coupe Davis une proie facile, en perte de vitesse complète. […] L’ITF n’a pas eu une idée depuis un moment. Là, quelqu’un leur en propose une et ils n’ont pas le choix. Ils se retrouvent face à des investisseurs qui ont des moyens financiers bien supérieurs. S’ils ne bougent pas, ils se font croquer.»

Un adversaire de taille

Mais dès le départ, le projet de refonte du tournoi, qui se disputera donc fin 2018 pour la dernière fois sur son ancien modèle, avait provoqué une levée de boucliers dans de nombreux pays. Australie, Grande-Bretagne et Allemagne s’y sont opposées. En France, la fédération lui a apporté ses voix, tandis que de grands noms, à l’image de Yannick Noah, victorieux de l’épreuve comme capitaine, a critiqué l’ITF pour avoir «vendu l’âme d’une épreuve historique».

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A moyen terme, le tennis masculin va basculer dans un nouvel ordre mondial. Une autre compétition par équipes nationales sera organisée dès janvier 2020, soit deux petits mois après la première édition de la Coupe Davis relookée, avec la World Team Cup, qui fait son retour après avoir été abandonnée en 2012.

La succession des deux épreuves illustre la résurgence de tensions entre la Fédération internationale de tennis (qui organise la Coupe Davis) et l’ATP (qui gère le circuit professionnel masculin et relance la World Team Cup). Elle n’a pas de sens sur le plan sportif, et elle placera les joueurs devant le dilemme de devoir privilégier une épreuve au détriment de l’autre, s’ils ne veulent pas écourter leurs vacances d’intersaison. Or, comme la World Team Cup se déroulera en Australie juste avant la première levée du Grand Chelem de l’année, rien n’assure à la Coupe Davis de gagner la bataille avec sa nouvelle formule.

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