En 1984, 34 000 spectateurs assistaient au Motocross de Payerne. Dix ans après, ils n'étaient plus que 5000. Aujourd'hui, la 43e édition de l'épreuve broyarde, qui a lieu ce week-end sur le circuit de Combremont-le-Petit, a failli être annulée et ne compte plus pour les championnats du monde.

De plus, le président – après dix-neuf ans de règne – et les membres de l'organisation, fatigués ou lassés, ont mis la clé sous la porte. Afin que cette spirale infernale ne s'enfonce pas dans la boue, une nouvelle équipe a décidé de se battre. Leur devise: ne pas laisser mourir cet événement et perpétuer la tradition.

Roland Huguelet, le nouveau président du comité d'organisation, a une vision de la situation très réaliste. Passionné par le motocross, cet ancien champion suisse d'enduro compte redonner à cette épreuve tout son attrait. Un difficile pari: «Les trois dernières éditions ont été catastrophiques du point de vue de la météo et du nombre de spectateurs. Tant et si bien qu'une perte de 90 000 francs a été enregistrée. Avec l'incertitude qui régnait alors sur l'avenir de la course, mon prédécesseur n'a pas revendiqué l'obtention d'une manche mondiale qui doit être demandée à la fédération internationale dix-huit mois avant l'épreuve. C'est une des raisons pour laquelle le Motocross de Payerne ne comptera ce week-end que pour les championnats suisses.»

Les autres raisons sont plus graves. Elles pourraient enlever à tout jamais l'espoir d'accueillir une manche des championnats du monde à Payerne: «La fédération internationale a vendu l'organisation des championnats à un promoteur privé. Ce dernier a le contrôle des 250 cm3 depuis trois ans et possédera tous les droits sur les deux autres catégories (125 cm3 et 500 cm3) dès l'année prochaine.» Changements de données, points différents et surtout conditions impossibles: «On nous demande, par exemple, de construire un parking de 10 000 mètres, reprend Roland Huguelet. Or, le circuit de Combremont-le-Petit est l'un des plus beaux tracés naturels du monde. Du point de vue écologique, c'est impensable. On nous demande aussi de mettre à disposition de tous les participants électricité et eau courante. Pour deux jours, c'est impossible.»

Sans se démoraliser, Roland Huguelet fonce à la recherche de solutions et saute les obstacles à toute allure. Avec son équipe de l'Auto Moto Club de Payerne (AMCP), il se consacre à l'organisation de ce week-end. Si cette année l'épreuve ne compte pas pour le championnat du monde, elle n'en sera pas moins disputée. Le Fribourgeois Philippe Dupasquier, deuxième au classement des inters 250/500, visera une place sur le podium avec sa nouvelle Honda. A ses côtés, deux rivaux: les Américains Trampas Parker et Ryan Hugues, qui a déjà quatre podiums mondiaux à son actif, dont une victoire en 1992.

La deuxième manche du championnat suisse inter sera aussi ponctuée d'autres manifestations en accord avec la moto. «Dimanche, nous avons mis sur roues un jump contest, explique Roland Huguelet. Il s'agit d'un concours de sauts artistiques qui nous vient des Etats-Unis. Un spectacle qui allie folie et technique.»

Roland Huguelet y croit. Il sait qu'il redonnera des couleurs au Motocross de Payerne, même s'il avoue que cette édition 1999 est «une transition sans prise de risque sur un budget de 100 000 francs». L'année prochaine, il prévoit d'organiser les championnats d'Europe. Et il possède tous les atouts pour réussir. Né dans un berceau à deux roues, Roland Huguelet connaît le monde de la moto depuis… presque quarante-cinq ans: «Je tiens cette passion de mon père. Ça fait trente ans que je suis membre de l'AMCP et j'ai fait de la moto pendant plus de vingt ans. Du motocross, de l'enduro ou de la moto de terrain, j'aime m'évader avec une sensation de totale liberté.»