Et si le vélo était la pièce manquante d’un tourisme quatre saisons en Valais? C’est en tout cas la conviction des promoteurs du Tour des Stations, une course qui se propose de révéler le potentiel du canton comme paradis cycliste à l’heure où pédaler est plus tendance que jamais. Ils ont déjà réussi à convaincre largement dans des vallées plus connues pour leurs pistes de ski que pour leurs routes de montagne, qui savent la nécessité de diversifier leur offre, sinon de la réinventer.

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Douze stations (Verbier, Crans-Montana, Nendaz, Ovronnaz, Anzère, Vercorin, Nax, Saint-Martin, Hérémence, Les Collons, Veysonnaz, La Tzoumaz) et deux villes (Martigny, Conthey) sont directement impliquées. Un Valais uni, derrière un événement qui ne s’embarrassera pas d’édition(s) de chauffe. Le 11 août 2018, il entend réunir pour son baptême du feu 2000 personnes sur trois parcours (220, 130 et 50 kilomètres). Sa vocation, fièrement revendiquée: devenir la Patrouille des glaciers du cyclisme sur route, et s’inscrire immédiatement au rang des manifestations incontournables du canton.

Audience internationale

Le Valais n’est pas un territoire vierge d’activités cyclistes. L’arrivée d’étape du Tour de France à Finhaut en 2016 a offert des retombées positives mais il s’agissait d’un événement à usage unique. La Cyclosportive des vins du Valais réunit plus de 1000 participants depuis cinq ans mais sa portée demeure régionale. Le Tour des Stations veut à la fois construire sur la durée et développer une audience internationale.

«Ici, nous avons déjà la Patrouille des glaciers pour le ski-alpinisme, le Grand Raid pour le VTT et Sierre-Zinal pour la course à pied, énumère Grégory Saudan, l’une des chevilles ouvrières de l’organisation. De longue date, nous avions envie de combler le manque d’une grande course cycliste qui permette de contribuer à la notoriété du canton au-delà de ses frontières.»

L’idée a commencé à se concrétiser il y a environ une année. Le projet bien ficelé a été dévoilé jeudi matin à Granges (près de Sierre) avec clip vidéo, modélisation 3D du parcours et matériel de communication soigné à l’appui. Les ambitions sont là, les moyens de les concrétiser aussi. Pour sa première édition, le Tour des Stations affiche déjà un budget conséquent de 700 000 francs. «Il sera couvert, rassure d’emblée Grégory Saudan. Pour un événement comme celui-ci, nous ne pouvions pas commencer petit et espérer que cela grandisse tranquillement, cela aurait été trop long. Il fallait frapper un grand coup d’entrée.»

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Le parcours qui donne son nom à la manifestation s’étend de Martigny à Verbier en passant par toutes les stations partenaires. Une «promenade» de 220 kilomètres et 7400 mètres de dénivelé positif qui a de quoi effrayer la plupart des cyclistes amateurs, mais qui permet de toquer à la porte d’une niche. «Il y a des gens qui adorent ces courses ultras et qui sont prêts à faire le tour du monde pour y participer», souligne l’ancien pro Steve Morabito, présent jeudi à Granges. «L’intérêt de cette distance, c’est l’effet waouh!, complète Jean-Claude Fischer, de l’organisation. Cela attire l’attention des gens, qui vont ensuite peut-être se rabattre sur les options moins exigeantes.»

Les responsables comptent sur le parcours intermédiaire – 130 kilomètres et 4500 mètres de dénivelé entre Crans-Montana et Verbier – pour grossir le peloton. Parce que son profil est intéressant sans être inaccessible, bien sûr, mais aussi parce qu’il a pu être affilié à la mythique Marmotte, pionnière des épreuves cyclosportives françaises avec ses 35 ans d’existence, ses 170 kilomètres, son arrivée à l’Alpe d’Huez, ses 8000 participants annuels et surtout la base de données de 650 000 cyclistes dont disposent ses organisateurs…

Les clins d’œil de l’histoire

Le Tour des Stations sera le deuxième événement à en bénéficier. Une course a été labellisée voilà deux ans dans les Pyrénées. Elle réunira 2500 coureurs en 2018, mais ils n’étaient que 1000 pour la première édition, en 2016. Ce qui ne refrène pas les ardeurs des promoteurs valaisans. «Dans la vie, il faut rêver en grand, sinon on n’obtient rien. Et puis nous visons 2000 personnes mais s’il y en a 1000 la première année, on sera contents quand même», tempère Grégory Saudan.

Le trentenaire, également engagé dans la candidature olympique de Sion, et son équipe n’ont qu’une envie: lancer le sprint final. Mais ils se retiennent en se rappelant qu’ils se sont engagés dans une course de fond au service du tourisme valaisan. «Dans notre propre pratique, lorsque nous partons faire du vélo à l’étranger, nous dormons deux ou trois nuits sur place et nous mangeons au restaurant deux ou trois fois par jour, détaille-t-il. Les retombées économiques sont réelles. Mais lors de ces voyages, nous nous rendons aussi compte que les gens ne savent pas que le Valais offre des conditions idéales pour faire du vélo. C’est ce que nous voulons changer.»

L’histoire et ses clins d’œil… Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les hôteliers suisses ont dû faire preuve de persuasion pour que les Britanniques qui venaient en cure durant l’été acceptent de séjourner dans leurs établissements pendant l’hiver. Cent cinquante ans plus tard, voilà qu’il faut trouver les arguments pour que les touristes choisissent les montagnes pour leurs vacances estivales. «Ceux qui s’intéressent au vélo – Belges, Hollandais, Anglais, Français, Italiens – skient déjà chez nous. Il s’agira de les motiver à revenir pour le vélo», glisse Grégory Saudan.

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Les organisateurs voient déjà au-delà de leur Tour des Stations. Autour des courses à proprement parler, ils envisagent très concrètement un salon du vélo à Verbier et fourmillent d’idées pour la suite, comme une étape du Tour de France sur le parcours Crans-Montana-Verbier ou la création d’un super-défi sportif valaisan regroupant la Patrouille des glaciers, le Grand Raid, Sierre-Zinal et leur épreuve cycliste, qui serait destiné à des athlètes pour le moins complets…

«Les choses évoluent vite, remarque Jean-Claude Fischer. Il y a encore dix ans, les ultra-trails semblaient réservés à des sportifs surentraînés et aujourd’hui, de plus en plus de personnes s’y inscrivent.»