Le contrat passé entre Didier Piguet et une de ses anciennes collègues de travail, au terme duquel cette dernière s'engage contre rémunération à satisfaire les désirs les plus inavouables du premier, se trouve actuellement dans le local des pièces à conviction du Palais de justice de Genève. Ce document, tout comme la passion du jeu qui semble animer le patron de Golden Lion, seront sans nul doute abondamment évoqués le 19 septembre prochain devant la Cour d'assises à l'occasion du procès de deux Marseillais et d'un Neuchâtelois, accusés d'avoir participé à l'agression dont a été victime Didier Piguet. Rappel d'une affaire ou l'itinéraire singulier d'un document qui a bien été signé mais qui, ont assuré les contractants lors de la procédure, n'a jamais été exécuté, ni même pris au sérieux.

Ecoutes téléphoniques

Dans la nuit du 24 au 25 septembre 1999, après avoir passé la soirée au Casino de Divonne, Didier Piguet et son épouse rentrent à leur domicile. Dans le garage souterrain, trois malfrats armés attendent le couple. Menacé, frappé à la tête, l'homme d'affaires est contraint de remettre les 400 francs qui lui restent en poche. Le chauffeur de Didier Piguet, arrivé entre-temps en voiture, se fait tirer dessus alors qu'il tente une marche arrière. La balle se fiche dans la portière. Le couple est alors conduit dans les bureaux de Golden Lion. Les agresseurs dérobent 6000 francs qui se trouvent sur une table et obligent Didier Piguet à ouvrir le coffre. A défaut d'argent, les truands repartent avec des titres nominatifs représentant plus de 5 millions de francs, des documents bancaires et comptables relatifs à des clients, ainsi que le désormais fameux contrat. La police est avertie et un système d'écoutes téléphoniques mis sur pied.

Ravisseur tué

Quelques jours plus tard, un proche de Didier Piguet reçoit l'appel d'un certain Kamal, un Franco-Algérien actuellement en détention extraditionnelle, qui propose la restitution des documents contre 5 millions, avant de ramener la mise à une première tranche de 600 000 francs: «S'il ne paye pas ce qu'il nous doit, il payera de sa vie.» Après un premier échec, l'échange est prévu pour le 13 octobre dans le quartier de Cornavin. La police mène l'opération et parvient à arrêter le trio. L'un des Marseillais tire sur un gendarme avant de recevoir lui-même une balle dans la cuisse. Il décédera une semaine plus tard d'une embolie. Grâce aux clés retrouvées sur les suspects, les inspecteurs trouvent la planque du trio et mettent la main sur l'ensemble des pièces dérobées dans le coffre de Didier Piguet.

Pour leur défense, les deux Marseillais (le Neuchâtelois étant poursuivi pour avoir été appelé en renfort lors de la tentative d'échange) affirment n'être intervenus que lors de la deuxième phase à la demande d'un certain Jean, ancien compagnon de cellule dont tout le monde semble avoir oublié le nom de famille. Ils pensaient que l'agression de Didier Piguet était liée à la récupération d'une dette de jeu. Or, la victime les a reconnus comme étant les hommes armés qui l'attendaient dans son garage avant de le menacer et de lui lancer: «T'aurais pas dû pisser sur ma sœur.» Une petite phrase que les prévenus contestent bien sûr avoir prononcée puisqu'ils n'y étaient pas, mais dont ils se servent déjà pour instiller l'idée que, derrière cette histoire crapuleuse, se cache peut-être autre chose.