Le passage du Gois, une chaussée de 4,15 kilomètres aménagée à la fin du XVIIIe siècle pour relier l'île de Noirmoutier au continent, a offert à la caravane et aux milliers de spectateurs amassés l'image forte du jour mais aussi la scène du premier acte dramatique du Tour 1999. Surgie au milieu des eaux, accessible deux fois par jour à marée basse, cette route qui évoque dans son nom le terme «goiser», c'est-à-dire patauger, était cernée d'une rangée de spectateurs qui se pâmaient autant devant les personnages médiatiques de la caravane défilant que face aux cyclistes attentifs à éviter les pièges d'une chaussée ultraglissante. Pour Alex Zülle et une trentaine de coureurs impliqués dans la chute ou stoppés net par l'amas de corps et de roues, l'image carte postale s'est transformée en cuisant souvenir.

Sachant la difficulté de l'endroit, le peloton avait abordé l'île avec beaucoup de nervosité. Personne ne pensait à s'ébahir devant la majesté du littoral mis à nu par le retrait des eaux. Non, le rythme était très élevé, conséquence d'une attaque antérieure de Jacky Durand, spécialiste des chevauchées solitaires. A l'approche du Gois, selon l'expression du milieu, ça frottait dur pour occuper les premières places qui préservent d'à-coups perturbant.

Une flaque d'eau, un pavé glissant, quelques traces d'algues et la roue se dérobe sous le coureur. Et dans une course lancée à plus de 50 km/h, c'est très vite l'hécatombe. «Tendue, l'élastique avait rompu.» Et pour le plus grand malheur des victimes de cette chausse-trappe pourtant épongée par trois balayeuses des services de l'Equipement – sans oublier les méduses retirées une à une de la chaussée –, la tête de la course poursuivait sur un rythme d'enfer. Le même que celui que suivait encore le peloton des 75 échappés à l'abordage du majestueux pont de Saint-Nazaire, dont l'arche centrale longue de 720 mètres est jetée 70 mètres au-dessus des eaux brunes de l'estuaire de la Loire.