A l'heure où le bon peuple genevois était tout à la joie d'accueillir Ernesto Bertarelli sur les quais de Genève, Roberto Morinini restait en rade à Bâle. «La Suisse qui ose», célébrée par Pascal Couchepin, à l'arrivée de l'équipage d'Alinghi, n'inspire pas le coach servettien. L'homme incarnerait plutôt l'un des malheureux naufragés de la fresque de Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse. Déboussolé, désemparé, Morinini a touché le fond, mais il ne se remet pas en question. Aux conférences de presse, il soliloque, s'enferme dans un discours en complet décalage avec les réalités du moment. Personne dans son entourage ne possède suffisamment d'autorité et de compétence pour le ramener à la raison.

S'il ne s'accompagne pas d'un changement radical à la direction même du club, le simple limogeage de Morinini ne suffira pas. Pour que Servette ne fasse pas figure d'intrus au Stade de Genève, un effort de réflexion s'impose. Tout d'abord sous la forme d'une autocritique. La campagne des transferts a été menée avec une légèreté sidérante. Certes, le principal responsable, Olivier Maus, a donné sa démission depuis. Il aurait voulu que l'on donne les clés de la maison à Marc Roger, lequel se voyait assez bien porter une double casquette, celle d'agent de joueur et de président. Finalement, l'impresario français n'aura fait qu'alourdir la masse salariale avec les engagements de faux renforts.

Un langage de vérité s'impose aujourd'hui. Président de façade, Me Christian Luscher s'apercevra très vite que la méthode Coué ne mène pas loin. Il faut plus d'humilité dans les propos, mais plus d'orgueil sur le terrain. Contrairement à ce que voulait nous faire croire Robert Morinini, mais également Pierre Aeschlimann, Servette n'a pas mieux joué samedi que mardi au Parc Saint-Jacques. Simplement, la seconde fois, la tactique ultra-défensive facilita tout naturellement une lutte au coude-à-coude qui donnait l'impression d'une plus grande solidarité. A la limite, nous avions trouvé moins consternante la réplique offerte quatre jours auparavant sous le signe de la Coupe de Suisse. Avec un schéma en 4-4-2, il y avait l'esquisse d'une organisation cohérente. Et surtout ce choix permettait de roder certains automatismes.

Enfermé dans sa logique froide, Morinini n'a pas conscience de l'attente des Genevois. L'émerveillement ressenti devant la réussite architecturale du nouveau stade doit avoir son prolongement sur la pelouse. Ce football de rapine, avec lequel le Tessinois flirte depuis trop d'années, n'a pas sa place à La Praille. Personne à Bâle ne lui demandait de terrasser le champion. Perdu pour perdu, il aurait mieux fallu préparer le match d'ouverture du 16 mars contre les Young Boys plutôt que de choisir l'arme des faibles. Obnubilé par l'idée de limiter les dégâts à tout prix, Roberto le taciturne renonça à peaufiner les automatismes de sa nouvelle paire d'attaquants, Thurre-Galvao. Le premier assuma consciencieusement la tâche la plus ingrate, celle de se battre en infériorité numérique à la pointe de l'attaque. Lorsque l'entraîneur se décida à introduire le Brésilien à la 69e minute, la partie était jouée. Le substitut d'Alex Frei n'est pas dépourvu de qualité. Il possède déjà un sens du jeu collectif qui fait totalement défaut au second mercenaire du compartiment offensif, le Togolais Toure Kader.

En dépit de son échec, ce double aller-retour Genève-Bâle n'aura pas été complètement inutile. Sébastien Roth et Thierno Bah justifient la confiance, hélas tardive, de leur entraîneur. La sûreté de main du premier, la polyvalence du second étaient connues l'été dernier déjà. Leur titularisation s'opère aux dépens de Marco Pascolo (37 ans) et d'Alain Gaspoz (33 ans). Ces deux anciens vivent aujourd'hui une vexation qu'ils ne méritent pas. L'erreur fut de les engager l'été dernier. Cela ne s'imposait pas. Il aurait fallu dire non à Morinini et à ses managers. Mais le pouvoir de décision, que s'arrogeait si bien Patrick Trotignon, effraya les hommes de bonne volonté qui se partagèrent sa succession.

A quatre jours du match du FC Bâle à Old Trafford en Ligue des champions, le patron de Manchester United, Alex Ferguson, a bien visionné un international suisse, mais ce fut… le Rennais Alex Frei. Le transfuge servettien n'est pas à la noce en Bretagne. La concurrence est rude, son temps de jeu est mesuré. Celui du Bâlois Hakan Yakin, en revanche, est royal. Son brio contribue à l'engouement populaire au Parc Saint-Jacques. Qui donnera carte blanche à son émule servettien Massimo Lombardo au Stade de Genève?