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Valon Behrami est le premier joueur de l’histoire du football suisse à disputer quatre phases finales de Coupe du monde.

Sport-étude

Une Suisse pas si neutre en Coupe du monde

Le rôle de la Nati en Coupe du monde est beaucoup moins négligeable qu’on ne le croit souvent, souligne l’historien Grégory Quin dans la chronique mensuelle de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL)

Le football suisse possède une histoire singulière dont les résonances internationales deviennent toujours plus puissantes au moment des Coupes du monde de football, et cela depuis les années 1930. Si le pays accueille les sièges de la FIFA et de l’UEFA, son équipe nationale est aussi, depuis les années 2000, régulièrement classée aux meilleures places du classement FIFA et ses clubs se sont déjà distingués à de nombreuses reprises sur la scène internationale. De même, suite à la conquête du titre de champion du monde (dans la catégorie des «moins de 17 ans») en 2009, une génération de joueurs suisses a réussi à s’imposer dans les meilleurs clubs européens (Xhaka, Shaqiri, Seferovic, etc.).

Avant-guerre, une équipe respectée

Finaliste du tournoi olympique de football en 1924, la Suisse ne participe pourtant pas à la première Coupe du monde, organisée en 1930 en Uruguay. Le déplacement jusqu’en Amérique du Sud est alors très long (deux semaines de bateau) et les joueurs évoluant dans le championnat national n’étant pas encore des professionnels, il est complexe pour eux d’obtenir des congés de plusieurs semaines pour «jouer au football».

En revanche, en 1934 et en 1938, respectivement en Italie et en France, la Suisse participe aux phases finales et va notamment se distinguer en 1938 en remportant un match de barrage contre la «Grande Allemagne» renforcée par des joueurs autrichiens (devenus «Allemands» quelques mois plus tôt, suite à l’Anschluss). Si la victoire voit la réactualisation de stéréotypes nationaux traditionnels («David contre Goliath»), elle témoigne aussi de l’évolution, entamée dès le début des années 1930, du championnat national de première division de l’amateurisme vers le professionnalisme.

Une Coupe du monde à domicile

Organisée en 1950 au Brésil, la première Coupe du monde de l’après-guerre voit la Suisse s’adjuger une victoire de prestige contre le Mexique, mais sans réussir à atteindre le tour final de l’épreuve. De fait, entre 1930 et 2018, seuls 16 pays ont organisé une Coupe du monde (quatre pays en ont organisé deux) et la Suisse compte parmi ces rares élus. Avec l’Uruguay en 1930, elle demeure le plus «petit» pays organisateur d’une Coupe du monde en près de 90 ans d’histoire.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Suisse va endosser un rôle majeur en œuvrant aux retours de l’Allemagne et de l’Italie sur la scène internationale, mais aussi en offrant à la FIFA d’organiser la première Coupe du monde de football de l’après-guerre sur le territoire européen. Si la proposition inquiète d’abord les dirigeants de l’institution internationale (la Suisse propose des stades de taille moyenne), l’édition 1954 sera la plus profitable à la FIFA sur le plan financier et constituera une réussite organisationnelle marquée du sceau du «Swiss made». Qualifiée pour les quarts de finale après un match d’appui contre l’Italie, la Suisse est éliminée de «sa» compétition au terme d’une rencontre historique perdue sur le score de sept buts à cinq devant l’Autriche à la Pontaise. Cette cinquième édition marque le retour de l’Allemagne sur le devant de la scène, après le «Miracle de Berne» qui voit les joueurs allemands remporter la finale face aux Hongrois, dont l’invincibilité devenue mythique dépassait alors plus de trente rencontres.

Le néant puis la candidature pour 1998

Depuis le milieu des années 1960 et jusqu’au début des années 1990, le football suisse voit son histoire internationale s’écrire en pointillé. Si certains clubs réussissent des parcours remarqués dans les compétitions européennes, l’équipe nationale est absente de 13 phases finales d’affilée (depuis la Coupe du monde en Angleterre en 1966 jusqu’à la Coupe du monde aux Etats-Unis en 1994). A la fin des années 1980, les dirigeants de l’Association suisse de football (ASF) souhaitent à nouveau relancer le football et la Suisse pose sa candidature à l’organisation de la Coupe du monde 1998. Cependant, les structures du football suisse sont alors insuffisantes pour espérer remporter l’organisation d’un tel événement (le stade du Wankdorf à Berne possède encore des bancs en bois à la fin des années 1980). Battue par la France (et devancée par le Maroc dans les intentions de vote), la Suisse échoue, mais le constat est clair: il faut réformer les structures du football pour espérer pouvoir jouer à nouveau les premiers rôles.

Retour sur le devant de la scène

Au tournant des années 1990, le football suisse va entamer une révolution de sa gouvernance, en cherchant notamment à renforcer l’implication de sponsors privés. L’arrivée de Credit Suisse en 1993 va permettre de développer de nouveaux projets à long terme. En effet, l’argent investi par la banque doit – pour moitié – être utilisé à des fins de promotion du football chez les plus jeunes et notamment auprès de la relève du plus haut niveau. L’ASF va alors mettre sur pied un concept de formation que tous les éducateurs du pays devront s’approprier pour favoriser l’émergence de générations plus talentueuses composées d’espoirs venus de toutes les régions de Suisse. Si la génération 1994 n’était pas encore l’héritière de ces nouvelles politiques de formation, force est de constater que la Suisse se qualifie désormais régulièrement pour les phases finales des Coupes du monde et des Euros. Elle y réussit notamment quelques exploits retentissants, comme en 2010 contre l’Espagne championne d’Europe en titre et future championne du monde, ou en 2014, lorsqu’elle pousse aux prolongations l’Argentine, future finaliste, en huitièmes de finale.

* Historien, auteur avec Jérôme Berthoud et Philippe Vonnard de l'ouvrage Le football suisse. Des pionniers aux professionnels. Lausanne: Presses polytechniques et universitaires romandes, 2016.

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