Lorsqu'il a parlé de ses joueurs samedi soir, les pupilles de Köbi Kuhn ont reflété tendresse et fierté. Audacieux, le sélectionneur national a fait confiance à la nouvelle vague, qui lui a répondu du tac au tac. Avec le résultat en prime – 0-0 au Stade de France. «Nous avons pris ce que nous étions venus chercher», a dit Köbi Kuhn sur le ton débonnaire du modeste qui a vu juste. «Je suis très content et un peu fier des jeunes, qui ont tout donné. Ils se sont comportés en champions. Je ne suis pas surpris. Nous avons fait des progrès, surtout au niveau mental.»

Un mental tout neuf qui a permis à la Suisse de laisser aux vestiaires ses petits souliers, d'entamer la rencontre pied au plancher. Sans l'excellente sortie d'un Fabien Barthez chamboulé par son récent crachat sur un arbitre marocain, mais omniprésent, Daniel Gygax, servi par Ricardo Cabanas, aurait pu ouvrir le score dès la 5e minute.

«Décomplexés» – comme dira Raymond Domenech –, les Suisses n'ont de surcroît pas bénéficié d'une faillite adverse. La France a réalisé son meilleur match depuis longtemps. Mais elle l'a vécu sous la menace perpétuelle du but meurtrier: la frappe violente de Philipp Degen (6e) et la magnifique triangulation conclue trop mollement par Ricardo Cabanas (42e) avaient mis les ex-champions du monde au parfum.

Les Bleus ont toutefois dominé le plus souvent. Ludovic Giuly s'est heurté au colossal Pascal Zuberbühler (9e). Patrick Vieira a vu sa tête détournée in extremis par Johann Vogel (22e). Sylvain Wiltord (32e, 49e et 53e) n'a pas sympathisé avec la réussite. Et David Trezeguet a écrasé la balle de match (77e). C'est pourquoi il s'agit, à l'heure de crier victoire après ce match nul, de ne pas oublier que la baraka de «Zubi» et la maladresse des attaquants français ont permis d'éviter la défaite. «Nous avons été un peu chanceux, c'est le football», a justement constaté Köbi Kuhn.

Il s'agit encore moins d'oublier que mercredi, au Hardturm, se présente Chypre, un adversaire situé aux antipodes des Français sur l'échelle du prestige et de la performance. Un adversaire «facile» dans un contexte réjouissant. En bref, le piège parfait. Dans le costume du favori à qui revient la responsabilité du jeu, la Suisse subira une pression différente que samedi, alors qu'elle était encore dans la peau du valeureux outsider.

Face aux Chypriotes, la Suisse peut confirmer sa qualité technique, mentale et physique – la tactique, elle, sera claire… Elle doit surtout faire fructifier le point ramené de Paris en s'imposant. Car dans ce groupe où l'Eire et Israël, qui n'ont pu se départager à Tel-Aviv (1-1), lorgnent aussi vers la première place, tout faux pas face à un «petit» s'avérerait désastreux. «Tout se jouera lors des deux derniers matches face à la France (ndlr: le 8 octobre) et en Eire (12 octobre). Le chemin est encore long», a murmuré Köbi Kuhn avant de quitter les entrailles du Stade de France. Le Zurichois doit faire en sorte que ses protégés, pour autant qu'ils soient tentés de le faire, ne cèdent pas à une quelconque décompression. Car il serait bienvenu que la «Nati» parcoure ledit chemin avec trois points supplémentaires dès mercredi soir. Histoire de se positionner mieux encore dans la course à la prochaine Coupe du monde, d'attiser l'enthousiasme que suscitent ses belles promesses.