Peut-être qu’au moment d’attaquer leur Championnat du monde à domicile, les unihockeyeuses de l’équipe de Suisse auraient signé pour une médaille d’argent décrochée au bout d’une finale très disputée contre la Suède. Après tout, c’est toujours mieux que cette troisième place à laquelle elles semblaient harnachées depuis trois éditions du tournoi.

Peut-être aussi que dans quelques jours elles sauront apprécier le parcours réalisé ces dix derniers jours à Neuchâtel. Après tout, elles ont battu la Finlande et livré bon nombre de démonstrations face à d’autres équipes.

Mais ce dimanche soir, sous l’ovation des 4000 personnes venues garnir une patinoire du Littoral à guichets fermés et alors que les Suédoises s’apprêtaient, incontestables reines de leur sport, à recevoir leurs médailles d’or pour la septième fois consécutive, l’amertume devait un peu leur piquer le cœur. Leurs adversaires n’ont rien volé: il faut bien dire qu’elles ont maîtrisé leur sujet, qu’elles se sont créé les meilleures occasions, qu’elles ont dominé la majeure partie de la finale. Mais les protégées de l’entraîneur Rolf Kern n’ont pas été loin de réaliser le hold-up tel qu’il avait été planifié.

Gardienne tous risques

La première étape était de tenir le choc, face à de grandes favorites qui avaient marqué pas moins de 80 buts en cinq matchs jusque-là (dont 26 lors de son seul quart de finale contre l’Allemagne). Les Suissesses y sont parvenues avec beaucoup d’intelligence collective, d’abnégation individuelle (que de corps couchés devant les tirs adverses!) et d’exploits de son dernier rempart. Lara Heini, 25 ans, confronte son agilité et son instinct au très concurrentiel championnat suédois depuis deux ans, et son expérience fut tout au long du tournoi précieuse à l’équipe nationale. Mais en finale, ses 24 arrêts lui ont véritablement permis de rester au contact.

Il fallait ensuite savoir saisir les opportunités lorsqu’elles se présentaient. Il était clair qu’elles seraient rares. L’expérimentée Margrit Scheidegger (29 ans, quatre participations au Mondial) n’a pas tremblé lorsqu’elle s’est retrouvée en position d’ouvrir la marque après 112 secondes de jeu. Le public neuchâtelois pouvait exulter. Mais la Suède a ensuite égalisé, pris l’avantage et flirté avec le KO. A 1-2, les Scandinaves ont par deux fois pensé avoir inscrit le troisième but mais le recours aux images vidéo a prolongé l’espoir de l’équipe de Suisse.

C’était la dernière étape du plan: réussir un «coup» en toute fin de match.Les Suissesses témoignent d’une certaine expérience en la matière. Samedi, en demi-finale contre la République tchèque, elles avaient égalisé à 6-6 à 22 secondes du terme, avant d’inscrire le but décisif en prolongation, alors qu’elles avaient été menées 5-0 puis 6-1 auparavant. Dimanche, lorsque Corin Rüttimann a égalisé à 2-2 à… 8 secondes du terme, tout le monde s’est forcément mis à rêver à un scénario du même genre. Mais la Suède ne s’est pas laissée faire et après 61 secondes de prolongation seulement, Johanna Hultgren inscrivait le but en or.

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Encore un effort

C’est la troisième fois que l’équipe de Suisse féminine d’unihockey se pare d’argent au bout d’un Championnat du monde (après 1999, 2003 et 2009). Elle aurait préféré un deuxième titre (après 2005) mais mesure aussi le chemin parcouru. Ces deux dernières années, la sélection a revu son fonctionnement, en organisant davantage de sessions d’entraînement en commun et en cherchant à installer une réelle émulation entre ses membres.

La semaine dernière, Margrit Scheidegger nous assurait qu’elle sentait la Nati en progression à tous les niveaux grâce aux efforts fournis. Sur le terrain, ses coéquipières et elle en ont eu une certaine confirmation, même s’il leur a manqué un petit quelque chose pour s’emparer de la couronne mondiale.