Première

Union-Hertha, le derby format berlinois

La capitale fédérale retrouve un derby pour la première fois depuis quarante-trois ans. Un événement que la Bundesliga a habilement exploité en l’associant au trentième anniversaire de la chute du Mur

Pour Berlin, ce samedi 2 novembre est un jour particulier, qui pourrait devenir inoubliable. Depuis quelques jours, la capitale se passionne pour une rencontre de Bundesliga, ce qui est plutôt rare dans cette région beaucoup moins passionnée de football que le bassin de la Ruhr et ses innombrables clubs, ou la Bavière et ses millions de licenciés. L’affiche du week-end, le grand match du samedi soir, a lieu à l’Alter Försterei («la vieille maison forestière») où l’Union Berlin, qui dispute la première saison de son histoire parmi l’élite, accueille le Hertha Berlin. Il s’agit du premier derby berlinois depuis quarante-trois ans. En 1976-1977, le Hertha avait affronté le Tennis Borussia Berlin, qui évolue désormais en division d’honneur.

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Sentant le vent de l’histoire, la Ligue allemande (DFL) a fait de ce duel l’affiche principale de la dixième journée de Bundesliga et l’a placé dans le contexte des célébrations du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin. «C’est un match hors du commun, confirme Christian Arbeit, responsable de la communication à Union et grand supporter du club depuis son enfance. Nous avons reçu un nombre incroyable de demandes d’accréditation d’un peu partout en Europe, mais aussi des Etats-Unis, qui envoient plusieurs équipes. Nous aurions pu remplir deux ou trois fois le stade.»

Unis malgré la séparation

Pendant la séparation des deux Allemagnes, commencée en 1949, les supporters du Hertha situés à l’Est furent nombreux à reporter leur affection sur l’Union. Et lorsque le Hertha passait le Rideau de fer pour jouer en Coupe d’Europe à Prague ou à Plovdiv, il y avait toujours plusieurs dizaines de fans de l’Union pour les soutenir. Deux mois après la réunification en 1990, le Hertha et l’Union s’étaient affrontés au stade olympique devant plus de 50 000 spectateurs, malgré un froid sibérien, pour célébrer les retrouvailles. A ce moment-là, les deux clubs partageaient une forte amitié.

«Je me souviens qu’après la rencontre nous avions passé toute une soirée ensemble à dîner et à trinquer pour marquer le coup. C’était très convivial, nous avons tissé de vrais liens, raconte Dirk Greiser, ancien défenseur du Hertha. Il régnait une atmosphère bon enfant. Chacun était simplement heureux de partager ce moment si spécial et si émouvant.»

A la place du Mur, un fossé

Au fil des années, cette amitié a lentement disparu. Aujourd’hui, on peut même parler de rivalité entre Herthaner et Köpenicker (fief de l’Union, au sud-est de Berlin). «J’ai longtemps joué au Hertha et je tente par tous les moyens de dénicher un ticket pour assister au match, se désole l’ancien international Andreas Thom. Mais le stade de l’Union est petit et les places sont très courtisées. Aucun Berlinois ne veut manquer cet événement.»

A écouter le président de l’Union, ce derby n’aura rien d’un match amical, bien au contraire. «C’est une rencontre qui s’annonce bouillante, lâche Dirk Zingler. Il y a une vraie rivalité, une démarcation prononcée. Rien qu’en termes de football, ce sera un combat pour savoir quel club est le numéro un dans la capitale.»

La plus grande différence entre les deux clubs, c’est que nous avons un stade qui nous appartient depuis un siècle et que nous considérons comme notre salon, pendant que le Hertha n’en a pas véritablement

Dirk Zingler, président de l’Union Berlin

Entre les deux formations, il existe de vraies différences de philosophie, de vision et d’objectifs. A la place du Mur, un fossé s’est creusé: ceux de l’Union se battent avec véhémence contre toute forme de capitalisme et prônent un attachement viscéral à perpétuer coûte que coûte des valeurs et des traditions, alors que le Hertha revendique le fait d’être un club commercial, porté sur la modernité.

Depuis quelques mois, l’ancien club de Lucien Favre profite des largesses financières d’un investisseur allemand qui vient d’injecter 125 millions d’euros pour permettre au Hertha de s’établir dans le top 5 de la Bundesliga sur le moyen terme et devenir un abonné à la Ligue des champions sur le long terme.

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Six mois de paix en ville

En quête d’un standing en rapport avec la ville, le Hertha peut en revanche envier la chaleur du petit stade de l’Union. «La plus grande différence entre les deux clubs, c’est que nous avons un stade qui nous appartient depuis un siècle et que nous considérons comme notre salon, pendant que le Hertha n’en a pas véritablement», juge Dirk Zingler.

Les supporters du Hertha rêvent d’un nouveau stade moins grand mais plus moderne, comme cela se fait désormais dans les grandes villes. Avec sa piste d’athlétisme, l’Olympiastadion est souvent froid et rarement plein, sauf quand le Bayern vient jouer. Le 21 mars prochain, il affichera néanmoins complet pour le match retour. Toutes les places ont été vendues en trois heures, et 10 000 fans de l’Union feront le plus court déplacement de la saison (25 kilomètres).

Au-delà des objectifs de chacun (le Hertha vise le premier tiers du classement, l’Union uniquement le maintien), ces deux matchs berlinois ont le même enjeu que tous les derbys du monde: vivre six mois en paix dans la ville. «Si l’Union devait l’emporter, ses supporters pourraient bomber le torse alors que ceux du Hertha devront se cacher et subir les quolibets au supermarché ou à la boulangerie, assure Andreas Thom. Aucun supporter n’osera enfiler sa tunique bleu et blanc pendant quelque temps.»

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