Le constat fera peut-être grincer les dents des responsables de l'initiative des 18%, mais ce pied de nez a quelque chose de réjouissant: sur les 105 ou 106 sélectionnés suisses, dix sont d'origine étrangère. Cela fait 9,5%, et provoque un joli métissage en adéquation avec la plus universelle des grandes compétitions sportives internationales. Un mélange de cultures dans la droite ligne du sport suisse, dont les grands champions présents ou à la retraite s'appellent Martina Hingis (Tchèque), Jakob Hlasek (Tchèque), Kubilay Türkyilmaz (Turc) ou encore Donghua Li (Chinois), champion olympique au cheval-d'arçons en 1996.

Au sommet de ce hit-parade des origines, les Tchèques. Les parents des beach-volleyeurs Martin et Paul Laciga ont immigré lors de la Révolution de velours en 1968. Ceux de la tenniswoman Miroslava Vavrinec, sélectionnée sur invitation de la Fédération internationale de tennis, et du nageur Karel Novy les ont imités quelques années plus tard, et leurs enfants sont nés en Suisse. Du côté des judokas, deux sélectionnés sur trois sont de couleur. Sergei Aschwanden habite Bussigny, parle allemand avec sa mère kenyane – une inconditionnelle des prénoms russes, français avec son père uranais, et ses parents dialoguent en anglais. David Moret, lui, vient d'Equateur et a été adopté par une famille suisse.

Reste, dans cette liste, une triathlète zougoise mariée à un Britannique (Brigitte McMahon), une plongeuse lausannoise mariée à un plongeur russe (Catherine Maliev-Aviolat), une nageuse tessinoise dont le père a disputé des Jeux olympiques pour le compte de la Pologne (Agata Czaplicki) et une cavalière anglaise (Lesley McNaught) devenue Suisse en raison de son mariage avec un autre cavalier qualifié pour Sydney, Beat Mändli. Autant de Suisses pur sucre ou de longue date qui ne connaîtront pas les problèmes rencontrés par l'athlète espagnole d'origine cubaine Niwurka Montalvo et plusieurs Français d'origine marocaine, bloqués par leurs pays de naissance à la veille des JO. Un article de la Charte olympique précise en effet qu'«un concurrent qui a représenté un pays aux Jeux olympiques, à des Jeux continentaux ou régionaux ou à des championnats mondiaux ou régionaux reconnus par la fédération internationale compétente et qui a changé de nationalité ne pourra participer aux JO pour y représenter son nouveau pays que trois ans après un tel changement. Cette période peut être réduite ou supprimée avec l'accord des comités olympiques nationaux et de la fédération internationale concernée.»

A Sydney, la Suisse ne sera pas un cas isolé. La France aussi a ses champions venus d'ailleurs comme la championne du monde d'heptathlon Eunice Barber (Sierra Leone), l'équipe d'Italie de basket sera emmenée par un «Américain», Carlton Myers, et nombreux sont les champions des pays de l'ex-bloc soviétique à concourir aujourd'hui sous d'autres couleurs. C'est stimulant, c'est rafraîchissant et, à vrai dire, plus personne ne s'en étonne. F. D.